Maroc:Makhzen,avouez que c’est dangereux!!!

31082007

Maroc:Makhzen,avouez que c'est dangereux!!! dans La face cachée 16575185

Très bien, « cest dangereux« , »c’est pas bien », « il vaut mieux pas y toucher » .

Même sans fumer cest dangereux, il suffit d’être entourer de fumeurs qui se foutent des nons fumeurs pour que se soit dangeureux




MAROC:LE CRI DU PEUPLE

31082007

 

Fils de désespérés tu seras un homme libre (Jules Vallés)




Maroc:M6 elu meilleur vendeur de l’année

31082007

Maroc:M6 elu meilleur vendeur de l'année dans La face cachée 16571449
Enfin un prix pour M6. Après plus de 9 ans de travail, il est enfin récompensé par une reconnaissance officielle. Celui-ci vient en effet de devenir le meilleur vendeur de l’année.
Son talent est enfin reconnu.

Ce prix, il n’est que la récompense d’un juste et impressionnant travail de promesses, imprécations, rêves éveillés et souhaits rétrogrades. C’est que pour vendre il faut savoir mentir au client comme un talentueux arracheur de dents. Et c’est bien connu, un arracheur de dent promet qu’il ne fera pas mal, et on a pas mal !
Une petite liste de ce qui a été vendu et dont le SAV n’est déjà plus assuré : la baisse du chomage, l’augmentation du pouvoir d’achat, rasage des bidonvilles, l’école pour tous, santé pour tous, eau et électricié pour tous,etc…..

M6 meilleur vendeur de l’année 2007, il faut d’urgence contacter de nouveaux fournisseurs » après le 7 septembre » pour qu’enfin cela serve votre pays !




MAROC:NOUS AVONS MARRE DE VOS ELECTIONS BIDONS !!!!

31082007

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Comme nous le savions tous, Les députés marocains n’ont jamais été élu par le choix libre du peuple marocain mais par une caste makhzeniene.

Nous voulons des élections libres et transparentes




Maroc:Vache à lait que nous sommes…

30082007

Maroc:Vache à lait que nous sommes...  dans La face cachée 16538352

le Maroc « les marocains » est la vache à lait du makhzen….et le makhzen on traitra la vache à lait jusqu’à la moelle de ses os….

On en a marre de servir de vache à lait!….

 




Maroc :Les funérailles de « Ssi » Driss Basri à Rabat

30082007

Maroc :Les funérailles de

Sa tombe se refermera à jamais sur quelques grands et petits secrets qu’il aura jalousement gardés durant un quart de siècle passé au service du Makhzen

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« Il y a eu quatre très grands serviteurs du royaume « makhzen » sous Hassan II : Mohamed Oufkir, Ahmed Dlimi, Mohamed Reda Guedira et moi-même. Tous sont morts, sauf moi. »

DrissBasri

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Il a été le planificateur des terribles épurations qui ont suivi les tentatives de coup d’Etat en 1971 et 1972. Son règne a été celui des arrestations arbitraires, des condamnations sans jugement, des séances de torture subies par les opposants, des bagnes du désert où disparaissaient les ennemis du monarque dans un silence de glaciation et de mort.

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la liste est définitivement close.

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Des membres de la famille …




Maroc:Les « alaouites » ne sont pas des descendants du prophète

30082007

L’histoire du Maroc contemporain demeure méconnue des Marocains, au point de devenir un ensembles de grandes énigmes. Et nombre d’évènements importants de notre histoire sont restés trop longtemps tabous. Voici un petit tour d’horizon de quelques événements et sujets tabous de l´histoire du régime alaouite régnant au Maroc d´aujourd´hui, sans hypocrisie, sans guide officiel, sans police de la pensé et sans peur du terrorisme intellectuel ou des interdits camouflés en « juridiques »! .

D’origine, ce sont des Grands voleurs et bandits de grand chemin

Contrairement à ce qu’a voulu faire croire Hassan II dans son livre « Le Défi « , les Alaouites n’ont pas succédé à la dynastie précédente. Ils ont, en réalité, conquis le Maroc, et s’y sont comportés en pays conquis, comme tous les occupants et conquérants. Ses aïeux étaient de petits chefs de bande sortis de leur tanière du Tafilalt. Hassan II a faussement présenté leur accession au pouvoir dans une espèce de logique de succession, les Alaouites succédant dans l’ordre et le bien-être général aux nombreuses grades dynasties, telles que furent celles des Almoravides, des Almohades et des Mérinides, d’illustre mémoire, qui ont régné de Saragosse au Sénégal et d’Agadir à Tunis.

Ali Chérif (1631-1636) علي الشريف

Le premier des Alaouites était un grand voleur et chef de bande, un condottiere famélique. Ce fut un chef de bande qui avait besoin de contrôler la route de Sijilmassa – Fez pour écouler les produits venant du Soudan et y acheter produits et denrées introuvables aux marchés du désert. Et de la contrôler par la force! La fortune et le pouvoir de la famille « alaouite » – qui ont usurpé le pouvoir au Maroc – ne proviennent donc pas de quelque noble origine ou de la « descendance du prophète Mohammed par sa fille Fatima qui a épousé Ali », d’où le nom d’ »Alaouite » qu’ils ont escroqué et dont faussement ils se parent. Cette qualité de « chérif » (c’est-à-dire de « descendant du prophète ») est mensongèrement et fallacieusement partagée, avec eux, par des centaines d’individus au Maroc et érigée en un mythe fabriqué de toute pièce et qui peut même être « attestée » par des actes d’ »adoul » (notaires) qui peuvent facilement et fort bien s’acheter! Ces chefs de bande sortis de du Tafilalt, depuis le milieu du XVème siècle, infligeront leur autorité dès 1666. Leur chef « Moulay » Ali Chérif, suivi ensuite successivement par ses trois fils: « Moulay Chrif », « Moulay » M’hammed, Moulay Rachid et Moulay Ismaîl réussiront à prendre le contrôle des voies de communication transsahariennes et évolueront progressivement vers le Nord jusqu’à l’occupation totale du pays.

« Il peut faire sauter une tête d’un coup de sabre » !

محمد بن الشريف M’hammed Ben Ali Chérif (1636-1664)

M’hammed Ben Ali Chérif s’est proclamé « sultan » de Tafilalet en 1640, suivi ensuite par « Moulay » Rachid. La fortune volée et la « puissance » usurpée, fondée sur la violence, de la famille « royale » «alaouite» au pouvoir au Maroc – bases originales de son pouvoir – ne provient donc pas de quelque noble origine dont faussement elle se pare. La qualité essentielle de l’ancêtre de la lignée – officiellement proclamée – d’Hassan II, et de Mohamed 6 – Moulay M’hammed, c’est son « exceptionnelle vigueur physique ». « Il peut faire sauter une tête d’un coup de sabre », « galoper 60 kilomètres par jour ». Un boucher, un tueur. « Il va courir et batailler partout » dit le très officiel manuel d’histoire du Maroc. C’est vraiment tout ce qu’on en peut dire. Le premier «grand homme» de cette famille qui se dit « alaouite » se comporte en grand voleur et bandit de grand chemin qui amasse son butin, caravane par ci, caravane par là, et finit par se nommer tout seul « sultan du Tafilalet ». C’est déjà un progrès énorme, mais l’on se prend à regretter que la famille n’en soit pas restée là. Quand il sorte des limites de son canton pour tenter de s’installer en maître sur la route Sijilmassa – Fez, vieux passage des caravanes sahariennes, il trouve sur son chemin le grand maître de la Zaouia de Dila qui régnait alors au cœur et sur le cœur du Maroc.

La Zaouia de Dila face aux parasites alaouites

Il faut dire tout de suite un mot de cette Zaouia qui a correspondu à un âge d’or, d’autant plus séduisant et regrettable que les brutaux, sinistres et funestes Alaouites allaient surgir pour tout détruire. « Zaouia » est un terme difficile à rendre, car il désigne beaucoup plus qu’un monastère: la Zaouia est un centre de rayonnement religieux et économique qui émane, à son origine, de l’action bienfaisante d’un saint. Si l’on veut absolument établir une comparaison avec l’Occident chrétien, disons que Dila (près de Kenitra) a eu pour le Maroc l’importance de Cluny, en Bourgogne, pour la France, au temps de sa splendeur, le goût du luxe en moins. La Zaouia de Dila ne vivait pas sur le pays, en parasite comme les « alaouites », elle vivait avec le pays, pour le pays, au rythme de ses aspirations. Elle était un organe vital du Maroc, hautement légitime, nécessaire et admise. Bien gérés, au mieux des intérêts de la communauté, terres et troupeaux de la Zaouia lui donnent une base économique solide et durable pour pratiquer l’hospitalité et exercer la bienfaisance. La Zaouia ne perçoit pas d’impôts, ne pressure donc pas le pays, mais au contraire redistribue sans compter et indistinctement les fruits du travail communautaire à ceux qui en ont besoin. Tel est le véritable sens de la « umma » ou « communauté » musulmane dont l’avarice des sultans alaouites tirera prétexte pour razzier à leur seul profit les ressources de la terre marocaine. La Zaouia est alors l’âme du pays: son résultat est fantastique: le pays vit comme une république islamique, sans souverain, dans une honnête aisance matérielle; il n’y a plus d’indigents (qui seront la marque du nouveau régime).Son prestige devient très vite fabuleux. On accourt de tout le Maroc. La Zaouia de Dila est un centre de rassemblement, car elle donne et ne prend pas. Ses éléments les plus en vue donnent l’exemple d’une vie exemplaire. Une religion sans haine, une pratique religieuse attentive, mais sans bigoterie, l’Islam, en un mot, dans toute sa vertu. A partir de 1603, on y vient en pèlerinage. Maîtres et étudiants y retrouvent EN PAIX les préoccupations élevées de la foi et de la culture. Dila arbitre les conflits. On l’écoute: la force de la raison et de l’exemple. On ne croit pas une canaille couronnée qui rend la justice. Les décisions de la Zaouia ne sont jamais discutées. Le poids moral et la solidité de ses partisans vont arrêter un temps le rezzou de Moulay M’hammed, « sultan du tafilalet » et homme sans foi ni loi. L’Alaouite recule mais se cramponne sur une zone où l’influence de la Zaouia ne s’étend malheureusement pas: l’Oriental. Après 1650, il prend Oujda et Tlemcen Mais au premier froncement de sourcils des Turcs qui ne s’étaient pas méfiés de ce pilleur de caravanes, il regagne ses bases de Tafilalt. »Il n’entreprend plus que de simples razzias ». Dès leurs modestes débuts, les Alaouites mettent clairement en évidence leurs moyens d’action: la violence pour s’imposer, le pillage pour se maintenir. Attitude parfaitement négative qui mettra le pays à feu et à sang et le laissera exsangue lorsque l’Occident impérialiste et fortement industrialisé, appuyé, dans le cas de la France, sur les intrigues de l’Alliance Israélite Universelle prétextant une aide à apporter à la communauté juive locale,- (l’équivalent des intrigues des négociants juifs de la Régence d’Alger, les frères Bacri, vraie cause de l’intervention armée de la France, sans compter des raisons analogues en Tunisie) – effectuera sa grande poussée en avant. Et encore les premier Alaouites, avaient -ils, au moins, une qualité: la hardiesse au feu qui en eussent fait d’excellents officiers subalternes. Les suivants seront de vraies lavasses: cruels encore, mais lâches et pusillanimes.

La méthode alaouite: le pouvoir par l’argent, la violence et la corruption

رشيد بن الشريف Rachid (1664-1672)

Ces razzias, odieuses contre le peuple, paraissent encore trop minables au frère cadet de Moulay M’ Hamed, Moulay Rachid, aussi vigoureux que son frère, mais moins limité intellectuellement ou plutôt davantage gourmand. M’hammed s’en méfiait, mais pas assez. Rachid échappe donc un jour à la fraternelle surveillance (trait constant chez les Alaouites) et quitte le foyer familial, à la mort de leur père Moulay Chérif, en 1659. La présence paternelle empêchait M’hammed de liquider son frère. Cadet de famille, arriviste sans scrupules, il fait un petit tour du Maroc avec une poignée de compagnons. A cette époque, l’on pouvait circuler sans problèmes. Cela ne devait pas durer. Il exploite à fond un nom qui commence à être strictement connu, s’en sert pour recruter une petite troupe qui ne rêve que plaies et bosses et il lui permettra de se constituer un trésor de guerre. Deux choses importent: le pouvoir et l’argent: le pouvoir par l’argent; le pouvoir donc l’argent. Stricte méthode alaouite. Violence et corruption. Repoussé dans tout le Maroc, Rachid, dans la région de Taza, est à bout de forces. Au Nord -Est de Taza, il y a un gros village dans les montagnes des Beni Snassen, prospère et pacifique: Dar Ben Mechaal. Rachid et sa poignée de ruffians s’en emparent de nuit, par ruse. Préservée de toute tyrannie centrale, la région avait prospéré et ses habitants avaient économisé. Rachid rafla tout, rançonna les survivants et vendit les femmes jeunes et les enfants, du moins ceux qu’il ne garda pas pour ses plaisirs. Cette action si peu glorieuse et qui relève strictement du droit commun devient un siècle plus tard, dans les récit appointés des historiographes du régime, car l’on ne pouvait pas taire un hold-up aussi sanglant et une telle friponnerie: « une action de purification réalisée par Moulay Rachid aux dépens d’un Juif nommé Ibn Mechaal qui terrorisait et pressurait les Musulmans des environs de Taza! » On fait même de cette communauté montagnarde un royaume juif qui aurait survécu à l’islamisation du pays! Comme si les montagnes marocaines, à la religion aussi sourcilleuse, eussent pu laisser subsister un royaume d’infidèles! Le mensonge, deuxième mamelle, après la violence, du pouvoir alaouite, fait ainsi son apparition sur la scène de l’Histoire. Mais ensuite le défunt Hassan II n’a plus eu assez de ses thuriféraires dupes ou appointés; il s’est mis à écrire…Cet acte de brigandage est alors devenu un haut fait du premier souverain de la dynastie. Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. Dans son traité sur la Politique, Aristote dit que certains mentent, non pour telles ou telles raisons, par intérêt ou lâcheté ni orgueil, mais parce qu’ils sont menteurs par nature. Il n’est que temps de rétablir la vérité, sinon le dernier des Alaouites aura presque réussi à faire passer ses aïeux pour de petits saints Louis. Il est vrai que ce saint Louis n’en était pas un, mais certainement pas un malfrat! Rachid avait enfin ce qu’il voulait: des coffrets de pièces d’or qui surchargeaient les bâts de sa caravane de mules. Il acheta de la poudre, des armes modernes et des munitions: jamais ce Rif n’en a manqué! Il lui en resta assez pour acheter le concours de quelques centaines de Cheragas, tribu arabe de l’Orientale qui était supposée obéir à son frère aîné Moulay M’hammed! M’hammed tenta bien de réagir, mais c’était trop tard. Ce n’était pas un affrontement où l’intelligence politique avait son mot à dire, il n’y avait ni intelligence ni politique dans cet assaut contre un pillard vieillissant et un pillard au mieux de sa forme. Le plus jeune gagna donc et tua l’aîné. Les soldats de son frère passèrent aussitôt du bon côté, celui du vainqueur, en 1664. Le chef de bande est désormais sans entraves! Il prend Taza, puis Fez en 1666/1667 et rase la Zaouia de Dila. Un acte de barbarie: Rachid ne pouvait supporter son prestige et son pouvoir d’attraction, lui qui n’existait que par la violence. Il s’empara finalement de Marrakech et, comme d’habitude, en massacra les défenseurs, dont Ari, le chef des Chebanats, la tribu guiche du hark. Mais il devait curieusement mourir dans sa dernière conquête. Le deuxième jour de la fête de l’Aïd el kébir, alors qu’il traversait le jardin de l’Agdal, son cheval s’emballa et Rachid se fracassa le crâne contre la branche basse d’un olivier. Curieuse fin pour un homme dont la qualité essentielle était d’être précisément un cavalier hors pair »! On a dû aider son cheval à s’emballer. Et il existe, de toute façon, bien des moyens de casser la tête à un gêneur. Mais l’histoire officielle tient absolument à cette histoire de cheval emballé qui arrange bien des choses, et surtout les affaires de ses frères. Sa prise de pouvoir avait plongé le Maroc dans la guerre, les massacres et l’enchaînement de la violence. Sa mort va inaugurer les guerres de succession qui ravageront le pays pendant des siècles. Toute la famille veut participer à la curée. Il n’y a pas d’ordre de succession.

Moulay Ismail: Un harem de 500 femmes,

800 enfants, grand bâtisseur de prisons,

une armée de 150.000 esclaves noirs

Jadis les sultans marocains désignaient de leur vivant un héritier: c’était le moindre mal, car il s’agissait du plus capable. Mais avec les « Alaouites », les frères du défunt vont déshériter les neveux qui vont se venger etc… Les Atrides auraient passé pour une famille unie, à côté de ces scènes de tuerie familiale dont le pays va évidemment faire les frais. Le bilan des tueries provoquées par l’anarchie FAMILIALE est terrifiant. Le fils de Rachid, Ahmed ben Mahrez se proclame évidemment sultan dans le Sud.

اسماعيل بن الشريف Ismail (1672-1727)

Moulay Ismail, frère cadet de Moulay Rachid, se proclame sultan à Meknès dont il est gouverneur et qui restera sa ville chérie. Il en fera la plus fabuleuse caserne du monde. Il se constitua un harem de 500 femmes et deviendra père de plus de 800 enfants. Son principal conseiller fut le banquier juif CARSINET Aaron. La guerre entre l’oncle usurpateur et le neveu dépouillé, mais qui a hérité de la pugnacité paternelle, va durer 14 ans. Et dire que c’est ce Moulay Ismail qui passe pour avoir rétabli l’ordre! Mais c’est lui qui a provoqué cette situation personnelle, car son cher neveu n’était pas un bambin fragile, il pouvait très bien prendre la succession de son père; il n’avait pas besoin d’un tuteur. Au reste, Ismaël n’a jamais justifié légalement son attitude: je prends la première part, parce que je m’appelle lion, dit la fable! Petit détail juridique qui a « échappé » curieusement à son descendant Hassan, quand il en fait l’éloge, Hassan n’a pas eu d’oncle pour lui souffler sa place, car le Protectorat veillait et les Français y ont exporté la règle de primogéniture qui avait, malgré quelques bavures, fait merveille chez eux pour appesantir le pouvoir royal et briser toute résistance populaire et aristocratique à l’État fiscal qu’il voulait absolument puissant et personnel, reposant sur une bourgeoisie avide qui deviendra une ruche d’essaims coloniaux et expansionnistes!

Maroc:Les

Il est impossible de donner le détail des assassinats, des trahisons et des pillages. C’est un sanglant Western qui pourrait s’appeler: « le peuple, la brute et les truands ». Pendant que Moulay Ismail, le soi-disant « invincible » essayait de coincer son neveu qui le baladait dans tout le Maroc et particulièrement dans le Sud, le reste du pays tentait d’en profiter pour échapper à la poigne du pillard du Tafilalt devenu sultan par la grâce de quelques ulémas terrorisés ou achetés. Le pseudo règne de Moulay Ismail n’est pas un règne, c’est une carrière de flic, la gigantesque répression d’une « manif » qui ne cessera jamais, car le pays n’acceptera pas son pouvoir. Son sceptre n’est qu’un sabre. Naturellement, un de ses frères, El-Harran lui dispute aussi le pouvoir, dans le Tafilalet, « berceau » de ce gros panier de crabes. Il n’ y a aucune raison. El-Harran a autant de « droit » qu’Ismail, après tout. Tous deux sont également impopulaires. Ce genre de situation atroce se retrouve dans toute l’histoire de la dynastie jusqu’au XXème siècle inclus. C’est l’existence de la dynastie qui met le Maroc en péril. Ahmed ben Mahres se proclama finalement « roi » de Taroudant, dans cette région si florissante sous les Saâdiens et dont les Alaouites feront un désert. Son seul tort fut de croire que son oncle acceptait la situation, la partition de facto. Ainsi Moulay Ismail le fit-il assassiner dans l’Anti-Atlas. Sa mort ne résolut rien pour Moulay Ismail, car il ne fut évidemment pas accepté par le Sud qui avait perdu l’habitude de dépendre d’un despote.

« Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent « 

Tous ces échecs avaient démontré à Moulay Ismaïl le flic la nécessité d’un matraquage efficace, s’il ne voulait pas finir comme son neveu. Il lui fallait une armée. « Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent « : il n’a pas inventé l’expression terrible tirée d’une tragédie romaine d’Accius mettant en scène Atreus, père d’ Agamemnon, et que l’Empereur réputé fou Caligula aurait, d’après Suétone, fait sienne, mais, en revanche, il a perfectionné le système. Son armée sera sa seule idée politique, son unique préoccupation. Et le pays ne peut ni ne veut évidemment pas lui fournir assez d’hommes. Il va importer! Une armée permanente pour une guerre permanente faite aux Marocains. Moulay Ismail achète donc des esclaves noirs importés de l’Afrique noire. Il en achètera pendant tout son règne. Il aura ainsi une armée d’esclaves noirs de 150.000 hommes forcément attachés à sa personne: l’armée la plus nombreuse de son temps. Louis XIV son contemporain qui aura tant fait la guerre et dévasté des villes allemandes, ruinant Heidelberg, par exemple, et le Palatinat, n’a que de « petites » armées de 30.000 à 40.000 qui lui suffisent à affronter l’Europe et à le faire surnommer le Mars Très Chrétien! Il en faut quatre fois plus à Moulay Ismail pour occuper et tenir le Maroc qui se couvre de casernes et non plus d’écoles ou de mosquées. Moulay Ismail a été un grand bâtisseur, c’est vrai, mais un grand bâtisseur de Qasba-prisons-casernes-perceptions. Il et aussi le premier à avoir fait de l’élevage d’hommes esclaves pour fournir ses compagnies de prédateurs. Le système est simple. Les petites filles noires sont esclaves dans les palais où elles reçoivent « une éducation ménagère » (sic). Les petits garçons noirs s’amusent jusqu’à dix ans. A cet âge, ils commencent en fait le service, par la conduite de bêtes de somme. Plus tard, ils font le maçon sur les innombrables chantiers du sultan mégalomane. A 14 ans, ils touchent leur premier cheval qu’ils montent à cru. Puis ils apprennent à tirer à pied et à cheval. A 18 ans, ils sont versés dans l’active. Le soldat esclave qui n’a pas connu d’autre univers, robot soigneusement remonté, est mûr pour se faire tuer et pour tuer. Il est mûr aussi pour se marier: avec son paquetage, il reçoit, comme on touche une prime, une petite esclave devenue ménagère accomplie, avec ordre de faire le plus possible de petits soldats qui ne coûteront plus rien au sultan. Cela ne suffisait pas à Moulay Ismail. Le protectorat va opposer, deux cents ans plus tard, les Berbères aux Arabes. Lui va opposer les Arabes aux Berbères: les successeurs de Lyautey n’auront qu’à lire l’histoire du Maroc pour savoir comment diviser un pays pour régner, en jeter les forces vives le unes contre les autres. Le détruire pour y installer un pouvoir étranger constitué d’esclaves noirs ou des maîtres occupants colonialistes. Pour achever de quadriller le Maroc, ses 150.000 esclaves transplantés ne suffisant pas, Moulay Ismail crée des tribus « guich », c’est-à-dire des tribus d’origine arabe installées dans les plaines, qui, en échange du « service militaire » (on devrait dire « sévices militaires »!) reçoivent des terres en toute jouissance. Mais comme ces seigneurs de la guerre ne peuvent évidemment les cultiver eux-mêmes, qu’ils n’en ont pas le temps et que ce n’est pas digne d’eux, ils emploient des métayers, le plus souvent payés au cinquième des récoltes et des troupeaux.

L’esclavage sous toute ses formes

Ismail crée donc une caste militaire avec tout ce que cela implique de féodalité guerrière inefficace sur le plan extérieur et en corollaire, une masse de paysans pauvres, d’indigents en puissance livrés sans défense au despotisme des petits seigneurs locaux. Des esclaves blancs en fait et désarmés ceux-là. L’esclavage sous toute ses formes, déguisé ou non, est – et a toujours été – le piler du régime « alaouite » au Maroc. Encore aujourd’hui la monarchie réclame des sujets et non des citoyens. Pour diviser et dominer sur ses sujets Ismail les dénature davantage et les déracine, en les parachutant dans des régions où ils n’avaient aucune attache. Le despote sait que l’enracinement est un facteur d’union nationale qui peut se retourner contre sa tyrannie. Une moitié des Oudaya surveilla Fèz, l’autre moitié surveilla Meknès. Les chebanats du Haouz, qui avaient résisté à son frère Moulay Rachid (qui avait exterminé ses chefs), furent envoyés à 800 kms de chez eux, pour surveiller les tribus berbères des Beni Snassen que Moulay Rachid avait dévalisées (cf. l’histoire de Dar el Méchal) au Nord-Est du Maroc. Et surtout il installa les tribus « guich » dans le Tadla, sur les ruines de la Zaouia de Dila, pour surveiller « la puissante forteresse berbère du Moyen Atlas et du Haut Atlas Occidental ». Ismaël allait déclencher une guerre civile de 24 ans qui durera en fait jusqu’à ce que les forces françaises réduisent les derniers villages libres en 1934! Les montagnards n’accepteront jamais la présence alaouite, et ils ont les moyens de se défendre. Ils n’accepteront jamais l’établissement d’un système « monarchique » tout à fait étranger et contraire à l’esprit de l’Islam. Les Alaouites constamment repoussés useront de leurs malheureuses troupes fourvoyées dans une sale guerre en les envoyant  » à l’assaut du ciel  » pour tenter d’affirmer leur pouvoir personnel autocratique et illégitime. La confédération des petites républiques islamiques de la montagne, puissamment motivées, pliera parfois un temps, mais ne rompra jamais.

Etat-personnel

Les alaouites ont ouvert le Maroc aux envahisseurs

Seule l’obstination tyrannique du palais provoquera une situation d’anarchie « légale » et « organisée » dans une société normalement en équilibre et qui vivait heureuse. Anarchie créée par le pouvoir « Alaouite » qui entravera le développement harmonieux d’une nation, préparera le lit aux envahisseurs étrangers et dont seul le protectorat tirera bénéfice Là encore, il est impossible de citer toutes les opérations. Elles sont malheureusement identiques. Les armées alaouites tombent sur notre pays comme un vol de sauterelles, à cette différence près que ces acridiens s’attaquent aux hommes. En 1679 Moulay Ismail qui a franchi l’Atlas se fait éparpiller dans le Todghra, les gorges somptueuses de l’Oued deviendront son Roncevaux. « Il y perd même le commandement de ses troupes. Les restes de son armée sont emportés dan une tempête de neige en repassant l’Atlas au col de Telouet. Il s’en sort de justesse et son descendant Moulay Hassan Ier, qui aura tout oublié et rien appris, subira le même revers, au même endroit, deux siècle plus tard. Mais faire mourir des dizaines de milliers d’hommes ne compte pas pour lui: il a ses centres de remonte, ses haras humains dont il lancera les produits dans une nouvelle aventure sanglante. Son descendant, Hassan II vante dans son « Défi » ses succès contre l’étranger. Mais Tanger a été abandonné par les Anglais qui lui préféreront la position supérieurement stratégique de Gibraltar. Moulay Ismaël n’a donc conquis qu’une place vide! Et dans ses rapports vrais avec Louis XIV – pas ceux folkloriques de son mariage projeté avec une princesse de Conti! – il a toujours cédé. Il arrêta même la guerre maritime – la fameuse course que les étrangers savaient fort bien utiliser à leur profit – et n’a pas su obliger Louis XIV à un échange général des prisonniers. Contrairement à l’image trop répandue des vilains barbaresques détroussant les navires chrétiens, il y avait beaucoup plus de Marocains prisonniers du roi de France et qui permettaient aux galères de Colbert de naviguer, que de Français dans les geôles de Moulay Ismail (quelques dizaines seulement), Moulay Ismail se contenta d’un échange de un contre un qui avantageait outrageusement le « Roi-Soleil ». Louis XIV avait, du reste, bien tort de traiter d’État à État. Avec un « Alaouite », il faut parler gros sou. Les Espagnols s’y prendront beaucoup mieux. Ils enverront un franciscain, le bon frère Diego, lequel, bien appartenant à un ordre mendiant, arrive avec des cadeaux pleins le froc. Le frère Diago parle très bien l’arabe, amuse le sultan, le comble de cadeaux. A chaque présent, il reçoit en échange un ou deux prisonniers espagnols. En 35 ans Diego recevra 60 prisonniers. Pas question de réciprocité pour les Marocains prisonniers des Espagnols: des nationaux, Moulay se moque bien! Il a ses belles pendules en or, ses broquarts éclatants, ses armes enrichies de pierres précieuses et même des services à thé. Les Marocains peuvent bien pourrir dans des prisons ignobles, les plus atroces d’Europe: le sultan s’amuse tellement avec frère Diégo! Le « grand » homme de la famille meurt de sa belle mort, comme la plupart des tyrans: « sa mort est le signal immédiat de l’anarchie… Le Maroc est secoué par la plus grave crise de son histoire. » Ce n’est pas moi qui le dit , qu’on ne m’accuse pas de « subjectivité « , c’est le manuel scolaire marocain. Après sa mort, et par les luttes internes entre les descendants de « Moulay » Ismaël pour le pouvoir, le Maroc fut plongé dans des guerres civiles sanguinaires et interminables jusqu’au début du vingtième siécle, affaiblessant ainsi le pays et l’ouverant largement aux envahisseurs étrangers. La réalité accusatrice est tellement énorme qu’on ne la peut cacher. Toute la tyrannie du règne de Moulay Ismail aboutit en fait – après des dizaines de milliers de victimes – à la plus monstrueuse et à la plus sanglante des pagailles, uniquement à cause de la nature du pouvoir alaouite. Pour mettre le pays à genoux il a passé son règne à inventer une armée d’occupation constituée d’esclaves noirs étrangers et de petits féodaux. Et ce, pour rétablir un ordre qui n’est troublé du reste que par sa présence! Et cette armée (chargée de maintenir un Etat-personnel et un pouvoir strictement personnel contre la nation) va se retourner, enfin de compte, à la fois contre l’État « alaouite » et contre la Nation marocaine. Les horreurs des empereurs romains de la décadence ne sont que jeux de patronage à côté des cruautés dont les fils et descendants de Moulay Ismail ( dont voici, ci-dessous les portraits par ordre de succession) soutenus par leurs mercenaires étrangers, vont se rendre coupables.

Abdelaziz: descendant d’une mère circassienne,

désigné par un esclave noir qui exerçait le vrai pouvoir

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« Moulay » Hassan I(1873-1894)-portrait et sur le cheval-(grand père de Hassan II) ayant à sa droite le célèbre Grand Vizir noir « Ba Ahmed »

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Le sultan abdel aziz, fils de Hassan I(né le 24 fevrier 1878 à Marrakech), ici en tenue d’officier turc: sa mère « lalla rkia » était turque d’origine juive

La mère de Moulay Abdelaziz était circassienne d’origine juive. Elle s’appelait Lalla Requïa, elle savait chanter et danser. Elle avait été achetée chez un spécialiste de Constantinople, avec trois autres filles toutes aussi circassiennes, pour un prix global de cent mille francs or. Ce n’est pas la somme, en soi fabuleuse, qui intéresse ici ni cet épisode de l’histoire vue par le trou de la serrure, mais bien le rôle que va jouer Lalla Requïa pour l’avenir de la dynastie : elle ne s’est pas contentée de chanter et de procréer, elle a aussi joué un rôle politique néfaste : elle dominait complètement l’esprit du vieux Moulay Hassan, ce qui explique qu’Abdelaziz devint le fils hautement préféré et élevé dans du coton au Palais, tout en étant un instrument docile dans les mains de Ba Ahmed qui pouvait ainsi manipuler plus facilement le sultan par l’intermédiaire de l’épouse préférée et intrigante. C’est sans doute ce qu’a voulu insinuer Hassan II, en l’occurrence officiellement arrière petit neveu de la circassienne, quand il écrit : «C’est avec fierté que je puis dire que les mères, grand-mères, aïeules des souverains alaouites appartiennent toutes aux familles populaires les plus modestes (« Le Défi », p.149) ». Ce doit être une démonstration par l’absurde ! On s’attendait même à ce qu’il nous parlât de sa propre mère offerte par le Glaoui à son père enceinte – de lui – de six moi, mais il nous laisse sur notre faim. Les contrevérités d’Hassan II s’accrochent désespérément aux généralités. Ni nom, ni date, ni fait. Je règne, donc je mens.

Ba Ahmed: qund un esclave devient le vrai sultan…

Ba Ahmed – d’un père noire venu d’Afrique noire, et d’une mère juive, c’est-à-dire, selon la tradition sioniste, un vrai juif – n’était ni politicien local ni un homme d’état marocain. C’est une tradition familiale qui tient d’une part au goût déjà démontré des Alaouites pour le personnel esclave servile et d’autre part à leur méfiance constante envers les Marocains Laissons un observateur étranger le décrire. Parlant de Ba Ahmed et de son pouvoir au Maroc, voici ce qu’a écrit l’écrivain Français Robert Brasillach, dans son livre La Conquérante, republié chez Plon à Paris en 1943, p 333 : « Le maître du monde, à Marrakech, c’était le grand vizir Ba Ahmed, fils d’un nègre et d’une juive. Un horrible personnage, bouffi de graisse, avec un ventre ballonné, un goinfre, brutal et sadique. Comme il était de basse extraction, il voulait tout ce qu’il y a de plus beau, les bijoux, l’or, les palais … Et ne croyez pas qu’il ait simplement laissé faire. Il discutait avec les architectes, un peu à coup de bâton, il leur imposait ses idées, et finalement celles d’un Français qui est le véritable inspirateur du palais. Je l’ai connu, c’est le capitaine Erkmann, qui avait gagné les bonnes grâces du nègre et de son principal architecte El Mekki. » Pour gouverner contre leurs sujets, les alaouites ont toujours fait appel à des esclaves ou à des renégats qui leur devaient tout. Moulay Ismail a donné l’exemple en séquestrant le pays avec une armée d’esclaves importée à prix d’or ou volée chez des particuliers au mépris du droit des gens. Sitôt arrivé à Rabat avec la dépouille de son maître – Moulay Hassan I – mort depuis quatre jours, Ba Ahmed avait jeté en prison les deux fils aînés de feu le sultan : Sidi Mohammed et Moulay Omar. Ce qui avait grandement simplifié dans un premier temps les problèmes de succession. Puis comme son rôle d’homme de confiance et de grand maître des cordons de la bourse ne l’avaient pas suffisamment enrichi, il fit main basse sur la fortune du Grand Vizir ( Djemaï) et du ministre de la guerre ( Si Mohammed Seghir), – fortunes acquises, tout aussi scandaleusement du reste – en jetant ces deux personnages dans un cul de basse fosse à Tétouan, pour éviter toute réclamation. On ne les revit jamais. Il avait ensuite nommé aux postes « importants » des hommes dévoués à sa personne ou incapables, souvent les deux. Entourés de nullités ou d’instruments dociles, Ba Ahmed pouvait gouverner tranquillement : ce n’était pas « l’héritier de cent rois », l’inexistant Moulay Abdelaziz qui allait le gêner.

La canaille Ba Ahmed, sous produit des alaouites,

gouvernait le Maroc pendant des années!

Analphabète et borné, Ba Ahmed ignorait tout du reste du monde, grave lacune à l’heure où l’impérialisme triomphant cherchait partout des os à ronger. Il avait seulement hérité de son maître Hassan Ier l’art de diviser pour régner sur le pays , de neutraliser les forces vives du Maroc dont la conjonction aurait été mortelle pour la couronne. Pour régner, il fallait vivre contre le pays réel ou être chassé. Ba Ahmed allait vivre à n’importe quel prix pour assurer un pouvoir que le monarque n’était pas même en mesure de lui disputer. En effet, l’on ne vit pas tranquille, quand on « gouverne » seul contre tous. Le premier ministre tout neuf ne dormait jamais deux fois de suite dans le même lit pour échapper aux inévitables assassins. Son frère Si Saïd occupait une position essentielle pour la bonne marche des affaires : il goûtait tous les aliments qui étaient présentés à son frère. Ba Ahmed avait tellement peur d’être empoisonné que Si Saïd assistait en personne à la préparation de menus de vizirs et faisait sceller les plats pour qu’on ne puisse rien y jeter entre les fourneaux et l’estomac (de requin) du maître du Maroc. Le système ultra corrompu marcha fort « bien » pendant des années. Puis Si Saïd mourut de mort naturelle, supposa-t-on, tout en sachant très bien que personne ne goûtait ses plats à lui. Son frère le suivit dans la tombe au bout de quelques semaines. On est en mesure d’affirmer, sinon de prouver, que ce n’est pas le chagrin qui l’a terrassé ! Mais comme personne ne voulait remplacer Si Saïd… C’était ça le gouvernement alaouite, à l’aube du 20ème siècle. C’était donner bien des tentations à un (futur) envahisseur qui n’en demandait pas tant. Cette franche canaille de Ba Ahmed maintenait seule la fiction d’un gouvernement. Sa mort, le 13 mai 1900, marqua vraiment le commencement de la fin.

Après Ba Ahmed, Abdelaziz ne régnait que sur

son palais qu’il ne pouvait pas quitter sans risque

Le vieux ministre avait parfois réussi à faire rentrer des impôts. Quelques garnisons chérifiennes vivotaient encore à Taza, Oujda, Tarfaya, Agadir et Taroudant et dans le Tafilat « berceau » de la dynastie, où elles étaient supportées par le peuple, à la condition expresse de ne pas quitter ses qasbas écroulées. On les oubliait. La mort de Ba Ahmed allait permettre à Moulay Abdelaziz, non pas de régner sur son royaume, il en était bien incapable et ses sujets n’en voulaient pas, mais au moins sur le palais de Fez qu’il ne pouvait pas quitter sans risque. Enfin il régnait en maître au bout de sa chambre, un beau cadeau pour ses vingt-deux ans. Il s’en offrit un autre et c’est tout ce qu’il fit : il confisqua l’énorme fortune de Ba Ahmed qui laissait inachevé le somptueux palais de la Bahia à Marrakech, indécent de luxe, escale obligée aujourd’hui pour les touristes consciencieux, et dont pas un zellige (céramique), pas un morceau de cèdre n’a été acquis honnêtement. Le palais de son frère Dar Si Sahid, a été édifié tout près de la Bahia dans les mêmes conditions. Les partisans du frère d’Abdelaziz, Sidi Mohamed, qui était toujours en prison, tentèrent bien de se battre, les armes à la main pour leurs favoris, mais sans une victoire exagérée, si bien que le très jeune ministre de la guerre, aussi séduisant que nul, réprima facilement de menus débuts d’insurrection qui n’auraient rien changé. Ravis de cette « efficacité », le sultan s’empressa de lui remettre les réalités de ce pouvoir que Ba Ahmed avait emporté dans la tombe. L’élégant gentilhomme remplaça le vieux noir retors et Moulay Abdelaziz retourna à sa vie de gamin trop gâté. Tout était en ordre. C’est-à-dire dans le plus grand désordre. « La nation marocaine n’existe pas sans le roi  » a Hassan II eu le culot et lecourage de dire dans son: « Défi », (p.9). En cette année zéro du vingtième siècle le sultan n’existait plus, la nation marocaine survivait malgré lui, les puissances occidentales veillaient sur leur proie. C’est grâce au vélo que le sultan allait découvrir l’existence de l’Europe.

Abdelaziz ne régnait plus que sur une foule

de gadgets et de jouets du sultan

Abdelaziz, sultan sans royaume, ne régnait plus que sur une foule de gadgets qui captivaient l’essentiel de son temps et vidaient la totalité du trésor public et celui laissé par son père Moulay Hassan. Un souverain alaouite – jusqu’à Mohamed VI d’ aujourd’hui – n’a jamais vraiment su ce que c’était qu’une route, qu’un hôpital, une école; il ne joue que des semblants d’exercices théâtrale du pouvoir, et jamais l’argent des impôts n’a été employé essentiellement pour la collectivité : le trésor public, c’était la tirelire du roi. Jusque là, aucun souverain ne l’avait complètement cassée. On pressurait le peuple, oui, mais on gardait toujours un petit fond de caisse. Même Hassan Ier avait réussi à laisser 60 millions de pesetas hassaniens à son fils gâté. Mais Abdelaziz allait toucher le fond du gouffre, casser sa belle tirelire et endetter le pays pour s’offrir des joujoux. La dynastie a infligé au Maroc une belle série de coquins criminels et incapables. C’était la première fois que la mafia alaouite présentait un adolescent attardé. Il était devenu la coqueluche des représentants de commerce juifs qui savaient que l’on pouvait vendre n’importe quoi au sultan de Fèz. Des autos, pour rouler dans les jardins du Palais, puisqu’il n’y avait pas de routes et personne pour assurer le service après vente. Des bicyclettes, des canaux à moteur, des pianos à queue, des appareils photos. Il en acheta même une bicyclettes en or massif ( 37.000 francs or) fait spécialement pour lui « sur mesure » par un industriel cynique. Il faisait venir des prestidigitateurs de toute l’Europe pour acheter des tours qui n’étaient pas à vendre. Il s’enticha ensuite de feux d’artifices. On tira tous les soirs pendant des semaines des fusées qui ravissaient l’entourage d’Abdelaziz, mais dont la valeur aurait suffi à nourrir dix mille personnes pendant trois mois .

Amuser « le descendant du prophète »

pendant que croule la nation du prophète !

Ensuite ce furent les cuisinières à charbon, mais il n’y avait pas de charbon pour plus de deux jours. Puis les pendules, sans doute nécessaires pour le « maître de l’heure ». Puis des corsets de femme et des falbalas des grands boulevards parisiens. Bref, n’importe quoi à n’importe quel prix. Rien n’est trop beau ni trop cher pour amuser « le descendant du prophète » pendant que croule la nation du prophète. La seule innovation politique d’Abdelaziz, entre deux séjours à la nursery sera la création du « tertib », un nouvel impôt qui sera parfaitement exploité par le « Protectorat » pour avantager les colons européens au détriment des Marocains. Mais ce n’est pas l’occupant qui l’a inventé, comme le prétend Hassan II, mais bien son grand-oncle sorti pour une fois de son infantilisme. Et c’est son autre grand oncle Hafid qui aggravera cet impôt inventé pour remplacer l’impôt islamique Zakate seul admissible. Cet instrument d’oppression est le seul fait de la dynastie encore au pouvoir au Maroc aujourd’hui, instauré douze ans avant qu’un autre souverain alaouite ne signât le honteux traité d’occupation appelé: « protectorat ». Mais, comble d’infortune pour le souverain velléitaire, l’impôt new-look et détesté aggrava la trésorerie alaouite puisque les anciens impôts abandonnés ne rentrèrent évidemment plus et que le nouveau mit près de deux ans à rapporter dix fois moins que les anciens. Coup d’essai, pas de clerc. Mais Abdelaziz s’en fichait :il était déjà retourné à ses petites voitures mécaniques et pour payer des factures il empruntait de l’argent aux banquiers juifs et aux puissances occidentales ravies de prendre une hypothèque qui se révèlera être impossible à lever. Ces factures impayées d’un monarque incapable, c’est le peuple marocain qui devra les payer de 44 ans d’un protectorat qui s’en ira en donnant en 1956 à un sultanat traditionnellement impuissant les moyens matériels, sécuritaire et militaires d’une dictature féodale mécanisée et aggravée. Moulay Abdelaziz est un filou, un insensé, un fou criminel de l’histoire de notre pays. Coupable de haute trahison, il s’esquivera avec un gros pourboire bien mérité jeté par la future puissance occupante qui le lui devait bien : il a fait beaucoup pour la France. Assez pour discréditer à tout jamais une dynastie qui aura précipité un pays dans l’abîme.

Quand Ba Ahmed empêcha l’envoyé

spécial français de rencontrer Abdelaziz…

La compétence de l’entourage politique du premier ministre était si ahurissante qu’elle stupéfia l’Europe. Ba Ahmed avait décidé d’envoyer un représentant de la couronne aux fêtes du jubilé de la reine Victoria, à Londres en 1897. Les Anglais tenaient beaucoup à impressionner les Marocains par leur faste et la grandeur de l’impératrice des Indes offerte à l’admiration des foules. La délégation marocaine devait faire un petit crochet par Paris, louable souci d’économie, pour ménager l’amour-propre des Français qui n’avaient rien à fêter, mais qui étaient d’envahissants voisins en Algérie. C’était une bonne gestion, c’aurait pu être de la bonne politique. Hélas, Ba Ahmed choisit comme ambassadeur un de ses frères, pas celui qui goûtait ses plats pour mourir empoisonné à sa place, un autre, dont tout Fèz savait qu’il était « faible d’esprit ». Faible mais suffisant, sans doute, pour ces vagues « tribus » françaises et anglaises que Ba Ahmed sous-estimait, d’autant plus qu’il n’en savait rien. Ce qui devait arriver arriva. Pendant que l’ambassadeur exceptionnel regardait une brillante revue des troupes françaises sur l’hippodrome de Longchamp, ce qui aurait pu lui donner des idées sur la force militaire des puissances économiques, il piqua une crise de démence. Il fallut le ramener à son hôtel, écumant, prononçant des propos incohérents. Son Excellence l’ambassadeur de la cour alaouite venait de sombrer définitivement dans la démence la plus totale. Les Français le rapatrièrent sur le croiseur « Alger », transformé pour la circonstance en asile diplomatique qui débarqua le bienheureux frère du premier ministre à Mazagan. On l’enferma à Marrakech. Ba Ahmed qui avait tout perdu, et d’abord l’honneur dans cette pénible affaire, y gagna pourtant un joli cadeau l’année suivante. Puisque le Lagardère marocain ne pouvait pas aller au Quai d’Orsay, la France irait à lui. Ba Ahmed, suivant sa bonne habitude, empêcha l’envoyé spécial français de rencontrer Abdelaziz, le reçut entre deux portes, mais en reçut un jeu de superbes glaces qui ornent encore le palais de la Baya.

Ba Ahmed: sous produit du système du

gouvernement alaouite

Comme on le voit Ba Ahmed – sous produit du système du gouvernement alaouite – avait « l’esprit assez court », selon le mot d’un diplomate. Autrement dit, son intelligence était fort limitée. Mais il était « tenace et extrêmement vigilant », autrement dit fidèle aveuglément. On en demande pas plus à un courtisan, surtout pas, car les rois n’ont pas besoin de citoyens, mais de sujets, des esclaves dociles. Au reste, dans la famille au Maroc, l’on était serviteur du Palais de père en fils. Le grand-père de Ba Ahmed avait modestement commencé comme « Moul El Ferach » chargé du lit du sultan, Moulay Slimane. Discret, dévoué, mais imprudent. Le grand-père fut tué un beau jour à la porte du palais par des soldats qui n’avaient pas touché leur solde depuis une éternité. Il laissait un fils Moussa né de sa femme juive d’ Espagne, qui allait devenir grand-vizir du sultan Sidi Mohammed et père de Ba Ahmed, le « père Ahmed », de son vrai nom, Si Ahmed Ben Moussa. Moussa amassa une énorme fortune en organisant les plaisirs du souverain. Cet entremetteur de haut rang, la race n’en est pas disparue, mourut de sa belle mort sur un tas d’or. Car il avait eu la précaution de s’entourer d’une garde efficace et bien rémunérée. La mort de son père l’avait marqué! Mais il laissait au sultan sa fortune et son fils Ahmed, notre « Ba Ahmed », né d’une de ces femmes d’origine juive.

Comment l’on fait une grande carrière

politique à la cour alaouite…

Le jeune « Ba Ahmed » grandit au Palais et devint le compagnon de jeu du futur sultan Moulay Hassan qu’il ne devait plus jamais quitter. Voilà comment l’on fait une grande carrière politique à la cour alaouite. Rien n’a changé depuis… Guédira a bien été le camarade de classe de Hassan II, et ceux qui vraiment gouvernent le Maroc d’aujourd’hui sont les juifs et les camarades de classe de l’enfant alaouite gâté Mohamed VI ! Le pays était pauvre, mais le sultan était riche. Le trésor du sultan ne contenait que de l’argent, pour payer éventuellement l’armée, le trésor du sultan était fait d’onces d’or (doublons d’Espagne), pièces anciennes inestimables, de louis français et de livres sterling. Monnaies rares qui provenaient toutes de cadeaux offerts par les pachas les gouverneurs et les caïds, obligés de verser leur obole pendant les fêtes religieuses, pour les anniversaires, les mariages ou les naissances du Palais. Marques d’attachement automatiques, coutumes maintenues farouchement par tous les sultans alaouites et qui coûtaient très cher au peuple marocain, car il fallait bien que les notables prennent cet argent quelque part : on pressurait le peuple pour gaver sa cour. La touchante cérémonie était très sobre : le caïd déposait son offrande sur les genoux de « Sidna » qui le recevait en tête à tête. Le caïd parti, Ba Ahmed entrait avec son gros registre, prenait la somme, l’inscrivait avec le nom du donateur et enfouissait registres et pièces dans la salle du trésor, contiguë à la chambre du sultan. Au suivant ! Hassan Ier laissa soixante millions de francs or à son fils – plusieurs dizaines de milliards de centimes. Il ne savait pas gérer le pays. Il savait faire des affaires…

Les sultans alaouites sont

des

descendants de leurs mères…

Les alaouites attribuent une grande importance à leur origine pour donner, à leur pouvoir usurpé et illégitime, une légitimité de l’héritage familiale du pouvoir. Mais Hassan II, et tous les stupides menteurs de la propagande alaouite, ne pourront faire croire à personne que les sultans alaouites ont eu des grands-pères maternels marocains, arabes ou musulmans: brodeurs de babouches à Tétouan, fellahs dans le Moyen Atlas ou caravaniers…! Puisque, avec les sultans alaouites, on ne peut jamais être sure de qui sont réellement les vrais pères, l’on peut – au moins – savoir avec une relative certitude qui en sont les mères. Selon la tradition des juifs – auxquels les alaouites sont très liés – l’identité ethnique se transmet par la mère. La mère de Moulay Yazid, ce sultan du 18ème siècle, qui a été bandit de grand chemin, avant de monter quelques mois sur le trône, était une irlandaise. L’esclandre même pauvre. Ce n’est pas exactement le prolétariat marocain ou de la famille du prophète. Sidi Mohammed ben Abdallah avait une grand mère anglaise, décidément ! Et une de ses favorites était corse. On sait même son nom Francheschini, mais l’on ne saura jamais lequel des tyranneaux alaouites a du sang corse dans les veines. Au reste, ce Sidi Mohammed Al Abdellah avait l’Europe dans le sang puisqu’il épousa une italienne « de grande beauté », raconte le docteur et chirurgien juif William Lemprière qui, débarqué à Tanger en septembre 1789, passa quelque temps à sa cour et avait soigné les yeux du fils du souverain ( voir, traduit de l’anglais, « Voyage dans l’empire de Maroc et le royaume de Fez, fait pendant les années 1790 et 1791 » ). La belle italienne avait été capturée très jeune à la suite d’un naufrage et offerte au sultan qui la fit élever dans son harem. Il l’épousa. Ce n’est toujours pas une fille de forgeron de Demnat ou de l’un des descendants du propète. Et ce n’est pas encore cette fois que le sang robuste d’un honnête travailleur marocain a pu se mêler au sang illustre d’ »un descendant du prophète ». Sidi Mohammed inflige le plus cinglant des démentis à son rejeton mégalomane Hassan II : une autre de ses femmes était espagnole, une autre fille d’un renégat irlandais. Si je compte bien, sur ces quatre femmes « légales », trois étaient européennes. Moulay Abderrahman avait reçu en cadeaux une jeune fille française dont il eut deux fils qui ne régnèrent pas, pour l’unique raisin qu’ils furent tous les deux empoisonnés avec leur mère.

La véritable tare organique du système

de l’héritage du pouvoir politique…

Fils d’une favorite circassienne de son père « Moulay » Hassan, et non pas d’une « femme du peuple », comme le prétendait son petit neveu Hasan II qui voulait démontrer à n’importe quel prix que la monarchie alaouite plonge ses racines dans les tréfonds du peuple marocain. Il était le chouchou de son père qui avait par ailleurs deux autres fils qui ne valaient pas mieux. Mais revenons un moment sur l’origine « populaire » de la monarchie grâce aux femmes. On va très vite le voir. La dernière preuve d’incapacité politique donnée par Hassan Ier, l’arrière grand père d’Hassan II, est bien d’avoir exigé que ce nigaud sans personnalité hérite de l’affaire familiale, je veux dire le du Maroc. A 16 ans, Abdelaziz succéda donc à son père. Un enfant dira-t-on, mais c’est le la tare du stupide système de la transmission du pouvoir sur tout un pays et un peuple par l’héritage : une véritable tare organique. En fait C’était le tout-puissant Ba Ahmed qui hérita du pouvoir, se nommant premier ministre et calfeutrant son peu reluisant « souverain » au fond de son palais d’où il ne le faisait sortir que le jour de la prière pour bien montrer au peuple qu’il y avait toujours un alaouite sur le trône. L’exhibition terminée, on ramenait « l’émir des croyants » dans ses appartements et le bon et fidèle ministre pouvait continuer à faire sa fortune et celle de ses deux frères sur le dos du pays. Le coup d’état de Ba Ahmed n’a pas même choqué le personnel politique ni l’opinion publique qui méprisait encore plus ses frères envahissants. Moulay Ahmed, fils de Moulay Ismail fut déposé six fois ! Le « consensus populaire » sans doute pris se modifiait à toute vitesse. Comme on le voit, les Alaouites ont fait faire un spectaculaire bond en arrière à leur royaume. Un témoin objectif note : « Moulay Abdelaziz avait passé les trois premières années de son règne dans une oisiveté complète, toujours enfermé dans son harem, il n’avait eu avec le monde extérieur que des relations officielles très rares et étroitement surveillées. » Autrement dit, il ne savait pas ce qui se passait dans le monde, il ignorait tout de son peuple, conditions particulièrement favorables pour gouverner sans préjugés! C’est ce que Hassan II appelle « une organisation du pouvoir central autour d’une famille désignée par le choix populaire ». (« Le Défi », p.154). On voit bien à la rigueur un « pouvoir central » racketté par un politicien, mais parler d’organisation et de consensus populaire relève de la fiction la plus ahurissante ! Ba Ahmed était un « maire du palais » et Abdelaziz un authentique « roi fainéant » : les Français ont connu ça chez eux, il y a deux mille ans. La différence entre la situation de Mohamed VI d’aujourd’hui et celle de Moulay Abdelaziz, est que, maintenant, nos « Ba Ahmed » ne sont, eux-mêmes en fait, que de simples marionnettes entre les mains du pouvoir juif et d’ Israël qui visent à mettre à genou et à dominer notre pays et la nation islamique toute entière.

Une vraie occupation et un sultan fantoche

La France qui venait, jouissant de l’appui russe, de mettre en échec l’Allemagne (1) – grâce à laquelle précédemment l’indépendance du Maroc avait été internationalement respectée – lors de la Conférence d’Algésiras (1904), sûre de la neutralité néanmoins peu bienveillante de l’Angleterre, commençait à faire l’inventaire de son « protectorat »! En fait, le colonialisme français s’accommodait évidemment fort bien du fantoche Sultan alaouite de Fez qui allait lui laisser les mains libres. Un Comité du Maroc, présidé par le député d’Oran Eugène Etienne, ministre, de temps à autre, et théoricien de l’administration coloniale directe et néanmoins futur protecteur de Lyautey, s’était créé une nouvelle succursale du comité de l’Afrique Française. Le comité envoyait des missions d’étude au Maroc pour faire le tour du « futur » propriétaire! Ces spécialistes « scientifiques » « désintéressés » d’aujourd’hui seront les conseillers du protectorat de demain. Ségonsac, Gentil, Doutté et les autres étudiaient les tribus marocaines pour mieux savoir les utiliser et les neutraliser. On étudiait le réseau hydrographique, on recensait les ponts, les gués, informations toutes très nécessaires à un corps expéditionnaire… La « République » française a besoin de savants! Action à double tranchant qui échappait totalement à Moulay Abdelaziz qui ne s’intéressait qu’à éterniser son pouvoir personnel! Il n’avait retenu de la Conférence d’Algésiras que le souhait des grandes puissances qui « souhaitaient » qu’il restructurât son armée. Et il fallait par conséquent que ses rentrées fiscales fussent suffisantes pour payer la solde de quelques milliers de fantassins et les armes que ces mêmes puissances se faisaient un plaisir de lui vendre avec le personnel militaire d’après-vente

Embryon d’une « armée-police moderne »

pour un féodalisme makhzénien mécanisé

Les dits conseillers militaires étaient là surtout pour renseigner leurs gouvernements respectifs (français, anglais et même italiens) sur l’évolution de la politique du makhzen alaouite et l’état des forces du sultan alaouite. Cet embryon d’ »armée moderne » qu’Abdelaziz acceptait de façon humiliante n’était pas de toute évidence destiné à préserver l’intégrité des frontières du Maroc, mais à assurer le maintien de la « sécurité » et de l’ »ordre intérieur », afin de permettre une perception normale des impôts et des douanes, dont la majeure partie, voire la totalité revenait à ceux qui avaient prêté au sultan alaouite de quoi s’acheter de nouvelles pour se protéger du peuple marocain. Ce type d’armée-police était, au demeurant, absolument dans le droit fil de la tradition alaouite qui, refusée par le pays, a toujours dû se battre contre lui pour se maintenir sur le trône. Ce n’était pas pour choquer les dignitaires du maghzen alaouite qui, faute de rafler les impôts, spéculaient honteusement sur les céréales. On n’imposait pas cette situation au sultan, ce sont ses ancêtres qui l’avait imposée depuis deux siècles et demi: au pays. L’uniforme changeait, le système répressif demeurait. Pouvoir de plus en plus affaibli et incapable de remplir sa mission, mais identique à lui-même depuis des siècles. Seulement cette fois le pouvoir était tombé si bas que les Puissances – dont les intérêts se confondaient avec ceux du Palais – devaient intervenir ouvertement pour maintenir un système qui asservissait le peuple marocain, et tenter de prévenir toute révolte de sa part. Ces précautions ne suffiront pas à endormir la conscience nationale spontanée des Marocains. Ils se révolteront. Et à chaque fois le Palais et les envahisseurs étrangers se retrouveront unis pour mâter les résistances populaires. Ce sera toute l’histoire de la première moitié du vingtième siècle. Mais déjà en 1904, les camps sont nettement définis. D’un côté, le Maroc vrai, le Maroc profond que la monarchie empêche de se relever. De l’autre, cette monarchie exsangue qui, pour maintenir son parasitaire existence tyrannique, ne peut trouver comme alliées que la future puissance occupante et ses rivales colonialistes qui la surveillent plus ou moins lucidement.

La trahison des Alaouites est totale

La monarchie alaouite est l’alliée, et donc la dupe, de l’impérialisme coloniale mercantile et industriel, fondé sur le modèle anglais, alors en pleine expansion, et qui ne connaît que des succès grâce à l’absence d’opposition suffisante qui peut faire le poids. C’est un marché honteux – entre les alaouites et les envahisseurs étrangers. Et tout marché implique une rémunération. Le sultan s’est acheté un gendarme. Comme il ne peut pas le payer, il laisse tout un peuple en gage ou en otage. C’est à ce prix qu’il pense garder son pouvoir. Les intérêts vont courir: il s’en moque. Il est insolvable. Les puissances occidentales ont fait indubitablement une affaire: il est beaucoup plus efficace de garder le sultan sur son trône que de conserver un rituel. Ils agiront plus efficacement derrière cette fiction. Le sultan alaouite va collaborer sans réserve avec les puissances occupantes. Alibi, paravent, il va empêcher longtemps le peuple de résister. Le couvercle va sauter, bien qu’il soit cramponné dessus. Il ne faisait pas le poids! La trahison des Alaouites est totale. Et elle est double. Trahison active en acceptant – avec des minauderies de vieille coquette, pour la galerie – que soit institutionnalisée la présence étrangère qui conforte le sultan sur le trône, son unique souci. Les intérêts supérieurs de la nation, les Alaouites n’ont jamais su ce u’ils sont! Trahison passive qui durera jusqu’aux derniers soulèvements populaires des années 53-55, en ne centralisant pas les innombrables mouvements de résistance qui vont se développer dans tout le pays, et en aidant au maximum son gendarme français à les réprimer.

Les lois des occupants signés par le sultan!

Protégé par la France, il bazarde son armée !

Le flic est français, mais le mandat d’arrêt est signé par le sultan! Et par personne d’autre. On l’a trop souvent oublié après l’ »indépendance ». C’est la logique même d’un pouvoir détesté qui aura toujours segmenté l’unité nationale. Pour faire reculer un peu le spectre hideux de la banqueroute Abdelaziz brade, et c’est un symbole, les seules forces modernes et efficaces qui sont à sa disposition. Le sultan « fourgue » son seul navire de guerre opérationnel, le beau « Bachir ». Petit croiseur tout neuf, il a été livré, six ans plus tôt, en 1899. Construit à Livourne, commandé par des officiers scandinaves et manœuvré par un équipage marocain. Abdelaziz le bazarde, curieusement, à la Colombie. Le marchandage a eu lieu entre minuit et deux heures du matin dans un bistrot derrière l’Opéra de Paris. De la haute politique! De quoi s’acheter quelques jouets pour le sultan: quelques trains électriques ou appareils photos de plus! Puis Abdelaziz solde le « Sid Et Turki », petit cargo commandé en Allemagne dans les années 1890. Puis les vieux « Hassani » qui avaient été longtemps la gloire de son père Hassan Ier et qui était un navire garde-manger: il permettait à ses troupes de ne pas mourir de faim quand elles partaient en opérations contre leur propre peuple et dans leur propre pays et jamais pour défendre la patrie! Le « Hassani » était un cargo britannique qu’Hassan Ier avait acheté aux Anglais en 1885 au temps où ils dominaient à la cour de Fez; 1.100 tonnes de 40 hommes d’équipage. La perle de la flotte – Abdelaziz n’avait plus besoin de garde-manger pour ses soldats: l’intendance française prenait le relais. A la vérité, le « Bachir » n’avait jamais beaucoup navigué. Il avait surtout un rôle décoratif, qu’on aurait bien voulu être un rôle d’épouvantail, dans la rade de Tanger, face aux légations étrangères qu’il était supposé impressionner! S’en débarrasser était un geste dérisoire et tristement symbolique. Plus d’armée, plus de flotte même embryonnaire, le pays était à la merci du premier hold-up. Abdelaziz n’osait même plus sortir du palais, ni être protégé par sa garde commandée par des étrangers, comme aux beaux jours de son aïeul Moulay Ismaïl.

Les alaouites ont massacré le Maroc

et ils y ont crée un chaos et vide politique

C’est dans ce vide politique total que des « prétendants » au trône se mirent à pulluler. Leurs succès renouvelés montrent à quel point le peuple marocain était désemparé et le pouvoir vacant. On en présentera trois. Deux très connus: Bou Hamara et El Hiba. Bou Hamara, (« l’homme à l’ânesse », ainsi surnommé parce que son cheval de combat était une vieille bourrique) s’était constitué un véritable royaume en se faisant passer pour le frère aîné d’Abdelaziz, Sidi Mohammed, emprisonné, comme on sait, par Ba Ahmed pour permettre à Abdelaziz de régner. Selon la tradition alaouite, tous les fils du sultan mort ont les mêmes droits à la succession. La règle de primogéniture ne sera instaurée – pour la première fois en droit – que par Mohamed V (sur proposition de Mehdi Ben Barka, alors président du conseil consultatif) sur le modèle des monarchies occidentales, au bénéfice d’Hassan II.

La profonde imbécillité du système monarchique

Ainsi les douze fils de Hassan Ier avaient-ils les mêmes droits. Les paysans de Taza qui soutenaient les droits du supposé Sidi Mohammed, n’avaient rien de hors-la-loi. Ils ne faisaient que montrer l’imbécillité profonde du système monarchique et souligner à quel point le sultan régnant ne régnait pas dans les « cœurs » des citoyens… Il fallait seulement une marionnette sur le théâtre. Bou H´mara était un prodigieux homme de scène et il avait séduit les masses forcément naïves par la magie de son verbe et celle de ses tours de prestidigitation. Son habileté avait de quoi rendre Abdelaziz fou de jalousie, lui qui faisait venir à prix d’or des vedettes européennes pour effectuer des tours que Bou H´mara faisait tous les jours aussi bien, dans le Rif. Toute cette farce est sinistre, car c’est le peuple qui en fait les frais, mais il faut le dire. Dans tous les cas, on l’amuse pour mieux le dominer. Si bien que les tribus se levaient derrière Bou H´mara et marchaient sur Fez pour détrôner « l’usurpateur » Abdelaziz. Bou H´mara s’était même composé une petite cour sur le modèle de celle de Fez. Il était fin prêt à prendre le pouvoir que n’avait jamais détenu Abdelaziz: d’autant plus qu’il – comme Mohamed VI d’aujourd’hui – n’avait pas d’idées politiques. S’il avait été le vrai Sidi Mohammed il n’aurait fait que maintenir le système. C’était tout simplement un escroc particulièrement culotté et bourré de talents. Très largement suffisant pour menacer une monarchie aussi caricaturale que lui. C’est ce que ne pouvaient accepter les Puissances étrangères qui surveillaient le gâteau marocain: il fallait absolument que l’Alaouite d’alors restât sur le trône pour u’elles puissent passer à table. On n’eût pu en inventer un de plus complaisant. On y veillera. On va le voir. Bou H´mara n’avait eu aucun mal à constituer son petit « makhzen » à lui, représentation grandeur nature de celui qu’il avait si bien connu, quand il n’était pas le « frère » du sultan, mais tout simplement un obscur secrétaire du makhzen mis à la porte pour des raisons que l’Histoire n’a pas retenues.

Manque de maturité politique des marocains!

On ne choisit pas entre la peste et le choléra !

Bou H´mara s’appelait en réalité Jilali Alsfi Azzerhouni et il allait faire payer très cher son licenciement sans indemnités! Ses troupes augmentaient en s’approchant de Fez. Les tribus de la montagne se soulevaient en masse pour renverser un sultan et le remplacer par un autre, inexcusable manque de maturité du peuple marocain (qui s’est d’ailleurs répété, quarante ans plus tard, avec l’accueil stupide réservé au cheval de Troie du néocolonialisme Mohamed V. Tel – pour, résoudre nos problèmes actuels avec cette décadente mafia criminelle alaouite – imaginer le remplacement de la peste Mohamed VI par le choléra « Moulay Hicham », candidat à une nouvelle « bouhmarisation » moderne du Maroc)! Complètement paniqué, Abdelaziz réunit ce qui lui restait de troupes, donna le commandement en chef à un oncle, le « chérif » Abdesselam Alamrani. De toutes façons il n’y avait pas foule pour briguer le poste. Le 22 décembre 1902, les troupes alaouites subirent, comme d’habitude, une défaite totale. Les paysans marocains savaient contre qui ils se battaient, même s’ils se trompaient et ne savaient pas pour qui! Les vagues de mercenaires étrangers d’Abdelaziz étaient en fait démobilisés avant même de monter au combat. Ce qui leur coûta très cher. Ils eurent des centaines de tués et de blessés: les gens de la montagne avaient très vite appris à se servir des fusils modernes à tirs rapides. L’armée du sultan perdait ses tentes, ses munitions, et douze canons qui n’ avaient pas eu le temps de tirer. Les fuyards se jetèrent éperdument dans Fèz, y semant une panique contagieuse qui déboussola complètement la ville. Bou H´mara sous-estima les dégâts qu’il avait faits et se contenta de rentrer dans sa petite principauté de Taza qui suffisait peut-être à son ambition et à son bonheur, mais ce qui provoqua son malheur. L’horrible peur avait tout de même causé un miracle; elle avait donné une idée à Abdelaziz. Pour démystifier Bou H´mara, il fit tout simplement sortir son frère Sidi Mohammed de sa prison, le nomma gouverneur de Fèz, après réconciliation à grand spectacle sur la place publique et tout le Maroc, apprit que Bou H´mara était un menteur. L’effet fut fâcheux sur une partie de ses tribus amies qui n’avaient plus de prétexte apparent pour détrôner Abdelaziz. Les plus dures restèrent auprès de lui, puisqu’il les menait toujours à l’assaut du trône.

On a réussit à couper cinquante têtes de rebelles et à les faire afficher…

 

Si Bou H´mara avait manqué une facile victoire par k.o, Abdelaziz n’était toujours pas tiré d’affaire, car son ministre de la guerre, le beau L’Mnebhi, suivant la tradition alaouite, réussit bien à couper cinquante têtes de rebelles et à les faire afficher sur les créneaux de Bab Mahrouk à Fèz,

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il ne put profiter de ses petits succès initiaux. Faute d’argent, le général se retrouva sans soldats et rentra à Fez sans avoir inquiété Bou H´mara, le roi de Taza. C’était le statu quo, ridicule pour le palais, flatteur pour Bou H´mara. Avec les conseillers français qui sévissaient au Palais, l’état-major d’Abdelaziz mis au point un plan fastueux pour encercler Bou Hmara. L’armée française permit à l’oncle Arafa de partir de la frontière algérienne (département français) et l’armée espagnole permit à l’autre oncle El Amrani, le vaincu de la veille, de s’appuyer sur Melilla, forteresse espagnole enclavée dans le sol marocain. De toute évidence, les Puissances occupantes tenaient à ce qu’Abdelaziz reste en place. Un faux sultan reçu pour vrai n’arrangeant point leurs affaires. Mais elles ne pouvaient pas intervenir directement, car il fallait protéger l’amour-propre du sultan protégé et surtout celui de l’Allemagne, très sourcilleuse sur ce point de la préservation de l’indépendance du Maroc. Il fallait donc à tout prix donner la fausse impression de « marocaniser » le conflit, mais aussi le faire cesser au plus vite. En effet, le Protectorat que l’on concoctait n’était internationalement possible que si le sultan « légitime » régnait à Fez: la France et l’Espagne n’avaient pas internationalement le droit d’intervenir militairement. Tous ces calculs machiavéliques s’effondrèrent en quelques heures: les deux oncles furent écrasés, l’un au Nord, l’autre à l’Est, si bien que le 5 avril 1903, Bou H´mara fut proclamé sultan sous le nom de Sidi Mohammed, dans Oujda en liesse! Et, aujourd’hui, il est curieux de voir dans les livres officiels de l’Histoire du Maroc à usage des lycées et des collèges que ce sultan, après tout choisi par une province et non pas par un quelconque Ba Ahmed comme Abdelaziz, ne figure pas dans les listes officielles des souverains, bien qu’il soit resté au pouvoir plus longtemps finalement que bien des souverains alaouites! Naturellement, le succès de Bou H´mara faisait-il tâche d’huile: une partie du Moyen-Atlas se déclarait pour lui. Encouragé par Bou H´mara, Raïssouni, un autre membre de cette mafieuse famille alaouite, un vrai cette fois, menaçait les portes mêmes de Tanger. Les Puissances occidentales commençaient à trouver la chose un peu saumâtre. Leurs ministres étaient bloqués dans Tanger, le secteur oriental était indépendant et risquait de donner un fâcheux exemple aux Algériens étroitement quadrillés par des troupes françaises de plus en plus mal à l’aise. Il suffisait d’un petit fonctionnaire arriviste et rancunier pour mettre tout un édifice en péril. Un rien suffisait pour déclencher des réactions anticolonialistes en chaîne authentiquement populaires, quand bien même dévoyées. La leçon ne sera pas perdue.

Le Waterloo manqué des alaouites si l’armée occupante

n’était pas intervenue pour les sauver…

Le ridicule le disputait au tragique pour Abdelaziz et ses partisans occidentaux. Le sultan sorti pour une fois de son palais pour venir au secours de son ministre de la guerre Mnebhi que Bou H´mara avait astucieusement laissé s’enfermer dans Taza, n’avait pu dépasser Hajra El Kohila sur le Sebou, à une journée de marche de Fèz. Son ministre échappé de justesse de Taza vint le rejoindre. Tous les soldats s’étaient débandés. Personne ne voulait mourir pour un tel sultan! Abdelaziz et son ministre, entouré d’une demi douzaine de cavaliers parvinrent tout juste à regagner Fèz et à s’enfermer derrière ses murailles. C’aurait été le Waterloo de la dynastie si l’armée française n’était pas intervenue pour sauver la face. Elle le fit avec un maximum de « discrétion » à cause de ses « associés », mais elle sauva le sultan. Il faut s’appeler Hasan II pour oser parler de « consensus populaire » à propos des liens entre la monarchie marocaine et « son peuple »! Paria dans son propre royaume, le petit sultan de Fèz fut sauvé in extremis par les canons français. Les choses avaient au moins le mérite d’être claires. Le sultan du Maroc s’est maintenu grâce aux caissons de l’artillerie française. Mais c’est son frère et successeur qui en profitera de la plus horrible façon. Bou H´mara va tenir huit ans avec des fortunes diverses, plus longtemps en tout cas que son rival Abdelaziz chassé par son frère Hafid. Bou H´mara avait installé son quartier général dans la kasba de Selouane (entre Oujda et Melillia) d’où il narguait le sultan de Fèz: le trône avait changé de titulaire, personne ne s’en apercevait: les Alaouites sont en effet tous interchangeables puisqu’ils sont tous nuls. Bou H´mara, il est vrai, ne progressait plus, mais il prospérait toujours, épine insupportable dans le pied des accords franco alaouites.

Les alaouites lançait une partie du peuple contre l’autre…

Le nouveau protégé des occupants, Hafid, perdait la face, et c’était mauvais pour elle: le sultan humilié pourrait avoir des velléités de changer de « protecteur »: il y avait des candidats! Alors la France fit donner la mission militaire en poste à Fèz. Après tout, elle était là pour ça. Le Palais en faillite trouva subitement de l’argent pour payer une petite colonne, encadrée par des officiers français engagés pour mettre fin au règne de l’ »usurpateur ». C’était, sans le nom, une opération de type goum: on utilisait des Marocains commandés par des Français pour tuer d’autres Marocains révoltés contre le pouvoir du sultan. On lançait une partie du peuple contre l’autre, style alaouite rectifié protectorat. La colonne avait une arme secrète: une batterie d’artillerie toute neuve, ultra moderne, servie uniquement par des sous-officiers français évidemment peu accessibles aux raisons qui faisaient se soulever toute une province. Dès les premiers échanges, les partisans de Bou H´mara lâchèrent prise et le prétendant se réfugia dans le tombeau d’un marabout, lieu traditionnel d’asile, inviolable. Pas pour les artilleurs français au service de « Sa Majesté »: on écrasa le monument sous les obus. Au quarantième mort, Bou H´mara se rendit. Le 20 août 1909, il faisait son entrée dans Fèz, dans une cage de fer où on l’avait enfermé après sa reddition, alors que huit ans plus tôt il aurait pu y entrer en triomphateur.

D’un coup de hache le bourreau de Moulay Hafid

leur coupa le pied droit et la main gauche

Les bourgeois de la ville à qui il avait fichu une trouille si durable s’en vengèrent en l’insultant bassement. Le sultan fit bastonner tous les prisonniers, en tria personnellement trente qu’il fit atrocement torturer devant lui. Au Palais des alaouites, la vengeance est un plat qui se mange chaud! D’un coup de hache le bourreau de Moulay Hafid leur coupa le pied droit et la main gauche, ou le pied gauche et la main droite, « amputation diagonale », selon une spécialité de la coutume alaouite. Puis on plongea les moignons sanguinolents dans du goudron bouillant pour arrêter l’hémorragie. Il y eut deux ou trois survivants. Le chef de la Nouba, la musique officielle de Bou H´mara, eut un régime particulier: le sultan lui fit arracher les dents et agrandir la bouche d’une oreille à l’autre. Quant à Bou H’mara, il fut jeté en prison. Mais le sultan ne dormait plus: il vivait dans la terreur d’une évasion et dans la crainte que les consuls étrangers ne lui demandent la grâce du rebelle, l’exécution des révoltés ayant fait la plus mauvaise impression dans la presse occidentale. Le protégé des grandes puissances avait une allure sinistre, ce n’était pas bon pour la haute politique. Le chef de la garde noire, M´barek Soussi, fit donc sortir de son cachot Bou H´mara sous prétexte de le conduire près du sultan, puis lui tira une balle de revolver dans la nuque et coupa la tête de l’ex faux Sidi Mohammed pour prouver à son maître que son cauchemar était fini. En passant devant la ménagerie Soussi jeta le corps dans la cage aux lions. Il fila ensuite à Dar Debbagh où le sultan passait l’été plus au frais. Le souverain contempla la tête où jouaient déjà les mouches et ordonna de l’enfouir dans le jardin de sa villa. Elle ne risquait pas de devenir une relique. En rentrant au palais de Fèz, Soussi eut la désagréable surprise de voir que les lions chérifiens avaient dédaigné de croquer le corps mutilé de Bou H´mara. Il tenta d’y mettre le feu, échoua à moitié et enterra le corps à demi carbonisé dans un coin de l’Agdal.

La résistance islamique de Casablanca

L’ermite Bou Nouala. Dans la région de Casablanca, la résistance populaire aux envahisseurs venus « rétablir l’ordre » dans la Chaouia (au nom du nouveau sultan Moulay Hafid qui a chassé son frère Abdulaziz) continuait. Dans un douar de Oulad Saïd, province de Casablanca, vivait un ermite nommé Mohammed Ben Abdellah, mais que tout le monde connaissait sous le nom de Bou Nouala, l’homme à la « paillote ». (les nouala sont des huttes en jonc qui constituent l’habitat des pasteurs semi-sédentarisés des plaines aquatiques.) Bou Nouala était inspiré de Dieu et on venait le voir de loin pour demander un conseil, recevoir sa bénédiction. Bou Nouala avait toujours vécu dans le dénuement absolu, et personne n’avait jamais vu son visage: il recevait toujours ses visiteurs la face voilée. On disait qu’il n’avait pas mangé depuis son adolescence. Un saint visiblement de Dieu. Le Maroc politique était alors divisé entre partisans d’Abdelaziz et de Moulay Hafid. A Fèz et à Marrakech, c’était la guerre des Palais. Pendant ce temps les « roumis », les « iroumeine » envahissaient le Maroc. [iroumeine, mot berbère qui vent du mot Rome, qui veut dire: étranger venus d'Europe. On appelait le sultan, en berbère: "aglide iéromein" c.à.d. le roi des envahisseurs étrangers]. Lyautey et Amade en 1915 Et le général d’Amade, débarqué avec 20.000 hommes, tenait toute la région de Casa sous sa botte. Il n’y avait plus de sultan puisqu’il y en avait deux, et demain trois ou quatre, et que de toutes façons ils étaient les amis alliés des occupants. Dans ce grand désordre au sein des supposées « élites » politiques, le peuple se tournait vers un juste. Pour lutter contre la décadence et la pourriture il fallait un homme de bien. Ainsi raisonnaient les tribus de la Chaouia traquées par les mitrailleuses des envahisseurs, abandonnées par un sultan traître et fantoche.

Le courage et le bon droit ne suffisaient pas à donner la victoire

Le « consensus populaire », vrai cette fois, porta sur Bou Nouala qui quitta son humble « tour d’ivoire » en jonc pour prêcher la révolte. En quelques semaines, il regroupa 15000 hommes, cinq fois plus que n’en pouvaient réunir le sultan de Fèz ou celui de Marrakech. Et tout ça – sans argent, sans moyen – par la seule force de la juste cause qu’il défendait. Pour mieux se faire entendre, il s’était installé dans une grande tente offerte par un de ses adeptes; on affluait en masse pour l’écouter. Bou Nouala leur disait que le Tout-puissant l’avait choisi pour sauver le peuple et désarmer les infidèles. Comment ne pas le croire. Comment croire que Dieu puisse avoir abandonné ses fidèles: il fallait bien que le Miséricordieux suscite quelqu’un pour remplacer ce sultan qui ne bougeait pas de son palais bien qu’il soit « émir des croyants » et défenseur de la Foi. Le sultan s’était disqualifié en ne faisant rien. Bou Nouala les mènerait au combat. Évidemment la déception fut aussi atroce que l’espoir avait été grand. Bou Nouala ne savait rien des Français, car le sultan maintenait le peuple dans l’ignorance totale. Bou Nouala pensait que sa baraka changerait les obus de ses ennemis en eau et que leurs balles n’atteindraient pas les poitrines des combattants de la Foi. Le 15 mars 1907, dans l’après-midi doré de la Chaouia, les obus de 75 du général d’Amade firent un carnage du peuple en armes. Les hommes qui se levaient contre le sultan traître et l’envahisseur ne savaient pas encore qu’il ne fallait pas affronter l’artillerie au grand galop, et que le courage et le bon droit ne suffisaient pas à donner la victoire. On n’affronte pas une armée régulière de professionnels en rase campagne, on l’attire sur des terrains infranchissables. Abd-el-Krim le fera magnifiquement. Mais il est trop tôt pour le dire: ces années noires sont celles d’une monarchie couchée et dans le lit de nos ennemis. Il n’y a que le peuple pour relever la tête, avec une folle imprudence à la mesure de son désespoir. Le soir du 15 mars 1907, Bou Nouala dut abandonner le champ de bataille et réussit à se retirer dans les Doukkalas: si l’un des deux sultans en compétition l’avait reçu en cadeau des Français, il eût fini comme Bou H´mara finira 5 ans plus tard.

Le traître hypocrite Hafid avec ses protecteurs

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Le sultan Hafid, « commandeur des croyants », 1908 à 1912, cupide et débauche: au cour d’une fole soirée avec des occupants. Remarquez la bouteille de wyski et le pied replié sans la babouche

L’occupation de Casablanca par le corps expéditionnaire français allait permettre à Moulay Hafid de prendre la place de son frère Abdelaziz. Hafid qui était le lieutenant de son frère à Marrakech, suivant l’habitude alaouite: on case ses frères comme « khalifa » (« gouverneur, adjoint du sultan dans une région) un peu partout pour les éloigner de Fez et des tentations du pouvoir auquel, encore une fois, ils avaient autant « droit » que le sultan régnant. Le résultat était toujours désastreux depuis Moulay Ismaïl, inventeur du système, car les frères éloignés devenaient en fait totalement indépendants, se fabriquaient une petite armée de mécontents. Il y en avait dans tout le Maroc, et des notables locaux ambitieux qui espéraient faire une carrière juteuse dans le maghzen alaouite de Fèz. C’est très exactement ce que va faire Moulay Hafid e cheval de Troie des envahisseurs étrangers. Tout le sud du pays était soulevé contre Abdelaziz parce qu’il avait livré le pays aux étrangers. Hafid joua hypocritement sur ce sentiment national en voie d’élaboration, se fit le champion de l’indépendance. Les Français à la mer, Abdelaziz à la porte: les tribus se levaient en masse pour l’aider à réaliser ce projet. C’était encore une fois un manque de maturité politique évident de la part de simples paysans: Abdelaziz ou Hafid, c’était blanc bonnet et bonnet blanc. Mais les résistants n’avaient pour le moment pas le choix. Le plus urgent était de balayer Abdelaziz l’incapable et le traître.

Alliance entre l’ occupation et les traîtres:

alaouites Glaoui

Pour y parvenir, Hafid avait un puissant féodal dans sa poche, Madani El Glaoui, personnage sans scrupule. Il dominait ses amis et ses ennemis. Il avait profité du foutoir des premières années du règne d’Abdelaziz pour étendre son petit domaine familial. C’est Hassan Ier ( père des deux sultans qui se disputaient le trône en ce moment) qui lui avaient mis le pied à l’étrier. Depuis, Madani avait pris le grand galop. Mais il est indispensable de préciser que la famille Glaoui doit tout au Palais: le grand-père de Madani était un petit marchand de sel, un colporteur qui faisait du porte à porte dans la montagne entre Demnat et Telouet et qui s’était taillé un petit fief à la mesure de ses ambitions commerciales. Mince personnage qui n’aurait pas eu de descendance dangereuse sans l’intervention du Palais. C’est Hassan Ier qui l’a inventé (l’histoire de sa harka en déroute). C’est ce que refuse d’avouer son arrière-petit-fils Hassan II qui écrit dans « Le Défi » (Albin Michel, Paris, 1976, p.45) « Thami el Glaoui représentait cette féodalité anachronique, férocement égoïste et capable de tout pour défendre ses privilèges… » Cette féodalité est née au XIXème siècle à cause de l’anarchie profonde inhérente au pouvoir alaouite rejeté par l’ensemble du pays. Hassan Ier, à bout de forces, a fabriqué Madani El Glaoui pour dominer en son nom les masses montagnardes qui n’en voulaient pas, s’étant toujours fort bien gouverné elles-mêmes. Ce sera exactement l’attitude du Protectorat incapable de soumettre la montagne par la force: chaque paysan est un soldat, chaque maison une forteresse. Alors on fait faire la police par de petits tyrans locaux qui veulent devenir gros. Le Palais a mis au point une méthode reprise intégralement par les occupants. Les méthodes des Glaouis étaient tellement odieuses que les officiers d’affaires indigènes en poste dans leur fief en deviendront même anticolonialistes, ce dont on se plaignait beaucoup à la Résidence. Mais n’anticipons pas. Le mensonge d’Hassan II est si intolérable qu’il fallait le dénoncer immédiatement: les grands féodaux du sud (et d’ailleurs) ont tous été investis par le sultan et par personne d’autre. Avec, je l’ajoute, une mission précise: faire suer le burnous. Madani el Glaoui l’avait fait avec une repoussante efficacité et un sens de l’initiative qui donneront de bien mauvaises habitudes à la famille: Mohammed V l’éprouvera un jour! Pour l’instant Madani, maître du passage obligé de l’Atlas entre le Sahara, les plaines atlantiques et Marrakech, était devenu le maître du débouché des derniers ports sahariens et il était tout puissant dans le haouz, plaine fertile qui entoure Marrakech. Moulay Hafid croyait l’avoir choisi comme principal lieutenant.

Le traître Hafid plus rusé que le traître Glaoui !

Mais c’était Madani El Glaoui qui avait choisi Moulay Hafid, car le petit rongeur de Telouet, aux dents longues, voulait faire du Haouz un royaume indépendant (du sultan de Fèz) dont il deviendra lui-même « sultan ». Mais comme il lui fallait un paravent, au moins pendant un certain temps, il aurait fait de Moulay Hafid le sultan de ce nouveau royaume dont il aurait été le « Bah Ahmed ». Il avait proposé le marché à Hafid dès 1906, mais le frère du sultan régnant n’avait pas encore osé accepter. Hafid hésita un an, puis le 16 août 1907, il convoqua des notables de la ville et de la province dans son palais de Marrakech. Il y avait là Si Taïeb El Goundafi, grand maître de la route de Marrakech à Taroudant, et les principaux des caïds des Rehamna. Hafid leur dit que si eux et leurs hommes se rangeaient à ses côtés, il les mènerait « au combat contre les Français et chasserait le traître Abdelaziz, coupable d’avoir livré la terre marocaine à l’envahisseur. » Hafid se garda bien de leur dire que seul le trône d’Abdelaziz l’intéressait et que la guerre sainte était le cadet de ses soucis. C’était un détail aussi pour ses complices caïds qui voulaient davantage d’argent, donc davantage de pouvoir, et si les Français ne les empêchaient pas de faire leurs affaires, les français n’étaient pas indésirables.

Glaoui sortit son poignard, et l’obligea de signer la Béiyâ بيعة.

La bourgeoisie féodale rurale et surtout citadine a toujours trahi la cause du peuple, imitant en cela fièrement le makhzen alaouite. Le rusé Hafid était tellement sûr de la réponse de ces féodaux voraces que la Béiyâ بيعة, l’acte d’allégeance, était déjà prête. Pour respecter la coutume, l’on présenta le précieux papier au plus vieux des assistants, le caïd Mouley Mustapha, oncle par alliance d’Abdelaziz et de Hafid. A la surprise générale le vieil homme refusa de signer. Ou il était fou, ou il était mal informé, il croyait Abdelaziz capable de mater ces mutins. Madani El Glaoui fit alors preuve de ce grand sens politique qui devait charmer Lyautey. Il sortit simplement son grand poignard courbe, son « khanjar » et demanda à Mustapha pourquoi il ne voulait pas signer. Quoique fort versé dans le droit musulman, c’était son métier, l’oncle des sultans rivaux ne trouva pas d’argument convainquant, après tout l’essentiel était que le pouvoir reste dans la famille, alors qu’importe le neveu pourvu qu’on ait l’ivresse du pouvoir! Subjugué par la forte simplicité du seigneur de l’Atlas, Moulay Mustapha signa illico l’acte d’allégeance et tout le monde l’imita. Il faut préciser que le palais d’Hafid était encerclé par 500 cavaliers Glaoua, fusil chargé sur la hanche. C’était encore une fois une belle manifestation de ce « consensus populaire » qui, selon Hassan II, a toujours présidé au choix des sultans alaouites. Une poignée d’oulémas représentant la communauté, à qui ce rôle revenait depuis des siècles, jeta aussitôt l’anathème sur Hafid, pour l’excellente raison qu’ils étaient à Fèz, à quelques pas des derniers fusils qui restaient à Abdelaziz. Raissouli qui était pratiquement indépendant dans le Nord choisit Hafid parce u’il était le plus loin (650km) et bien que ce soit Abdelaziz qui l’ait naguère nommé pacha de Larache.

En 1907 Abdelaziz ne régnait – en réalité – que sur son palais de Fèz

Si la bande des voleurs qui régnaient sur une grande partie Maroc, sous le (faux) nom d’ »alaouites », Bou H´mara, lui, qui régnait sous le (faux) nom de Sidi Mohammed – dans l’Oriental – ne se prononça ni pour Hafid ni pour Abdelaziz: il était le seul maître dans sa région. La Chaouia (Casablanca) et le Gharb (Kénitra) demeurèrent « azizistes », puisque – ils étaient occupés par les troupes françaises venus protéger Abdelaziz au nom des signataires du traité d’Algésiras. Mais Hassan II prétend – un autre mensonge royale – (dans son « Défi », p.12): qu’ »il est indiscutable qu’Abdelaziz était soutenu par l’ensemble des masses marocaines et régnait d’Oujda aux rives du Sénégal »! Hassan II a du reste une façon désinvolte de prouver que l’autorité d’Abdelaziz s’étendait jusqu’à Andar (Saint-Louis du Sénégal): « quand les français avaient franchi le fleuve Sénégal pour pénétrer au Sahara, le sultan avait demandé à son représentant à Tanger, le caïd Abdellah ben Saïd, de protester solennellement . » (loc. cit.) Il fallait évidemment que cet acte d’héroïsme tranquille ne demeurât point inconnu. Malheureusement Hassan II ne donne pas les lettres de protestation de son « glorieux » prédécesseur contre l’occupation de la Chaouia, pourtant plus dangereuse et plus proche que celle du Sahara aux frontières du Sénégal ! Et pour cause… En cette année 1907, Abdelaziz ne régnait plus que sur son palais isolé de Fèz: quelques hectares.

Comment les sultans alaouites s’installent-ils au pouvoir ?

Manipulé par une poignée de notables ambitieux, Hafid prépara une armée. Tous les souverains alaouites se sont installés de cette façon: légitimés à la force des baïonnettes; maintenus jusqu’à ce que des baïonnettes plus fortes ou plus nombreuses imposent une nouvelle « légitimité », tout aussi « légitime » que la précédente, mais moins que la suivante! Le noyau de cette armée, c’étaient les 500 cavaliers Glaoua. Le caïd M´tougui (Ouest de Marrakech) qui s’était réveillé un peu plus tard et détestait le Glaoui, son rival, fournit très vite deux cents hommes pour bien marquer son soutien inconditionnel et aussi enthousiaste que récent à la cause hafidiste. Avec le contingent du Goundafi et celui des R´hamna, Hafid disposait de 1.200 hommes dévoués à leur caïds respectifs. Madani brusqua les choses, de tels alliés étant si peu sûrs, se nomma ministre de la guerre, parachuta son frère T´hami (qui sera plus tard le père biologique du future Hassan II) pacha de Marrakech, base de départ obligée, mais trop fraîchement convertie pour être sûre. T´hami El Glaoui avait tout juste vingt ans. C’est lui que les français appellent « le » Glaoui, le « fastueux » seigneur de l’Atlas qui faisait se pâmer les belles touristes qu’il recevait à sa table « avec une allure folle », à qui il donnait un diamant à la fin de la petite réception, diamant offert bien malgré eux par ses malheureux sujets pressurés: les réserves des greniers vidés par ses hommes de main se transforment en joyaux. Pour l’instant il se faisait encore tout petit dans l’ombre de son frère: Madani mourra bientôt, et T´hami déshéritant tous ses neveux, au mépris de toutes les lois, fera main basse sur la totalité de l’héritage. Un véritable hold-up: il aura très vite retenu les leçons du maghzen alaouite.

La propagande juive rusée au service de Hafid à Paris

Hafid n’oubliera pas l’opinion publique internationale: il avait recruté – tout s’achète – F. Weisgerber, un Juif « français », vivant à Marrakech, qui faisait pour lui la tournée des envoyés spéciaux de la presse française et qui leur tenait un petit discours de propagande talmudique rusé, après leur avoir tendu une main généreusement garnie de vieux doublons espagnols (de l’or dont la valeur augmentait régulièrement). L’envoyé spécial du « Temps » (équivalent du « Monde » de notre époque) raconte comment cet envoyé très spécial vint lui vanter les mérites de son « maître », ses qualités de cœur et d’esprit, son amour du progrès, sa sympathie pour la France, sa générosité envers les étrangers (c’est vrai) etc… On peut trouver curieux que ce sultan « choisi » – le Glaoui – pour faire la guerre à l’envahisseur puisse éprouver une telle sympathie pour eux. Sa générosité n’avait sans doute pas de limite. Sa propagande en avait davantage: son courtier se fit proprement éjecter des salles de rédaction parisiennes, car Hafid l’avait même envoyé à Paris. Cet escroc présentera en 1914 la facture de ses voyages à la Résidence qui la lui règlera sans discuter!

L’argent des paysans marocains au service d’ Abdelaziz à Paris

C’est aussi à Paris que Abdelaziz – le frère de Hafid – tenta de sauver son trône grâce au Mont de Piété. Je m’en explique: le sultan avait acheté huit millions de bijoux au début de son règne avec l’argent laissé par son père Hassan Ier. L’été 1907, il ne lui restait plus que ça pour équiper quelques troupes contre son frère. Il envoya donc un homme de confiance à Paris avec ses pierres précieuses. Les bijoutiers de la place Vendôme, après d’incroyables discussions de maquignons, en offrirent des sommes dérisoires. Le sort de la monarchie se jouait dans les arrières boutiques du 2ème arrondissement de Paris: on nage dans la grandeur (et ils se rattraperont avec son petit neveu Hassan II ! ). L’homme du sultan se résigna à aller au Mont de Piété comme n’importe quelle ménagère parisienne dans la dèche. Le Crédit Municipal, « Chez Ma Tante » comme disent les parisiens reprenant l’expression d’un prince notoire qui couvrait ainsi son besoin d’argent sans élever les soupçons, en offrit royalement 1,2 million au grand oncle d’Hassan II. Évidemment, Abdelaziz ne pourra jamais dégager ses joyaux. Une fois de plus l’argent extorqué aux paysans marocains se retourne contre eux: ce fut suffisant pour qu’une petite troupe armée partît de Fez pour Rabat.

La monarchie: le seul facteur de division au Maroc

« La monarchie est le seul facteur d’unité au Maroc » dit Hassan II: en 1907 c’était le seul facteur de division. Les deux armées des frères ennemis allaient ratisser le pays en le mangeant au sens propre, car leurs royaux commanditaires n’avaient pas de quoi nourrir leurs soldats: Alors on vidait les silos des villageois, on razziait leurs troupeaux si bien que les fils des paysans terrorisés par leurs « sultans » gagnaient le maquis pour sauver au moins leurs vies et celles de leurs enfants, et la vertu de leurs femmes, à défaut de sauver leurs récoltes et leurs économies. Effectivement, les sultans faisaient l’union nationale contre eux! Mais les forces populaires étaient malheureusement atomisées: c’était la tâche essentielle des Alaouites depuis Moulay Ismail, le « grand homme » de la famille. Les citadins s’enfermaient frileusement derrière leurs murailles: quelque soit le sultan vainqueur militaire, l’on savait qui serait la victime…. Cela durait depuis si longtemps! C’est encore la riche bourgeoisie qui s’en tirait le moins mal, car elle pouvait acheter sa tranquillité. Le prolétariat des villes, ne possédant rien que sa peau n’avait rien à perdre. Les paysans seuls risquaient de tout perdre. Et ils le perdaient à chaque fois que le sultan partait en guerre contre des prétendants ou contre des sujets révoltés. Pillages, viols, moissons incendiées, arbres fruitiers coupés, maisons détruites, les sultans ont évidemment beaucoup fait pour désertifier le Maroc. Il faut trente seconde pour couper un amandier, quinze pour qu’il donne son maximum! Les sauterelles ne font pas mieux! En septembre 1907 Abdelaziz quitta donc avec 2000 hommes Fèz: il voulait voir Lyautey et le consul Régnault à Rabat. « Il se remit entièrement entre leurs mains et les supplia de l’aider dans la lutte qu’il allait avoir contre son frère » écrit un contemporain. Pour Hassan II – dans son Défi – cette inqualifiable lâcheté devient: « Lorsqu’un pays (le Maroc) se trouve isolé, il doit éviter l’épreuve de force qui le ferait tomber dans une plus grande servitude. » Se jeter dans les bras de l’occupant était évidemment – pour Hassan II – « le meilleur moyen d’échapper à la servitude »!

La devise des alaouites: « moi et l’ennemi juif contre mon frère »

Alors que le pays tout entier n’attendait qu’un geste du sultan pour se soulever: en quelques semaines le Maroc aurait pu avoir 300.000 hommes en armes décidés à se battre pour leur juste cause. Au lieu de cela ce traître sultan allait se jeter dans les bras de l’occupant pour demander des secours contre son propre frère et contre son pays ! Les Français allaient, sans le vouloir, bien évidemment, donner un solide coup de main aux adversaires d’Abdelaziz. Les Français l’achevèrent en lui remettant en grande pompe le cordon français de Grand Officier de la Légion d’Honneur. Les « hafidistes » exploitèrent à toute vitesse cet événement. C’est comme si les occupants juifs de la Palestine d’aujourd’hui se mettent à soutenir leur laquai Dahlan contre leurs protégé Mahmoud Abbas!. Hafid n’était pas plus scrupuleux, mais il était plus rusé et plus discret: pour alimenter sa guerre contre son frère, puisqu’il ne disposait pas des « bijoux de la couronne » comme son frère Abdelaziz et qu’il n’avait rien à porter au Mont de Piété, il se contenta des subsides fournis allègrement par une grosse famille de banquiers juifs sionistes d’allemagne, les Mannesmann qui eux, avaient parfaitement compris le jeux débile des deux frères: et souhaitaient investir depuis longtemps. Ces juifs sionistes rusés soutinrent Hafid parce que les français soutenaient Abdelaziz. Si les Français avaient soutenu Hafid, ils auraient donné de l’or à Abdelaziz. Ces « investisseurs » juifs voulaient être les plus offrants!

Hafid vend son pays aux juifs!

Le sultan du Maroc était au plus offrant. Il vendait son pays au plus offrant, c’est-à-dire aux juifs! L’or valait plus qu’une décoration française – boomerang. C’est ce qu’Hassan II appelle, le plus sérieusement du monde, « la résistance de nos souverains » (Le Défi, p.17). Grâce aux 400.000 francs or des juifs Mannesmann, un gros pourboire, mais une somme dérisoire devant les profits escomptés, Hafid fut prêt le premier: Abdelaziz tendait encore la main à Rabat. Dès le début de décembre 1907 Hafid sortit de Marrakech soi-disant pour mater la ville de Mazagan qui l’avait d’abord reconnu avant de revenir à Abdelaziz parce que des troupes françaises venaient de débarquer, officiellement pour former des tabors de police en vertu de l’acte d’Algésiras. Mais sitôt sorti de Marrakech il bifurqua vers le Nord pour manger la tribu des Sraghna: laquelle ne voulait dépendre que d’elle-même; c’était une entreprise moins dangereuse et plus rémunératrice. L’or juif des Mannesmann fondait si vite! Hafid n’avait pas même besoin d’avancer pour prendre un avantage sur son frère: une révolution suscitée par le « chérif » Si Mohammed El Kittani, chef de la confrérie religieuse qui porte son nom, avait déclaré Abdelaziz déchu de ses droits et titres. Abdelaziz n’était plus que le sultan des Français chez qui il était réfugié, à Rabat.

L’erreur fatale de remplacer un Alaouite par un autre

Le 3 Janvier 1908 Kittani avait réuni les Oulémas et chefs de tribus entourant Fèz, et de très vagues « délégués » de la ville à la mosquée de Moulay Idriss, pour élire un successeur à l’incapable Abdelaziz. Kittani (comme par ailleurs le Glaoui avec Hafid) convoitait le pouvoir pour lui. Mais les vieilles habitudes l’obligeaient à signer une délibération. Sa petite assemblée, pourtant soigneusement préparée, lui fut fatale. Les notables, suscités pourtant par lui, choisirent Hafid, SOUS CONDITIONS:

1. Ils feraient la guerre aux Français.

2. Il dénoncerait l’acte d’Algésiras, le traité scélérat de 1904.

3. Il interdirait aux colons européens de séjourner dans les villes de l’intérieur. Aussi douteuse que soit la légitimité d’une telle assemblée constituée de fonctionnaires et de caïds corrompus, elle marquait sans équivoque ce que voulait le peuple marocain: ces notables avaient parfaitement senti tourner le vent et ils prenaient le train en marche en se faisant les porte-paroles bien tardifs des aspirations populaires. Ils préfèrent avoir l’air d’aller de l’avant plutôt que de se faire balayer par la vague déferlante de mécontentement (Bou Nouala, Bou H´mara) jaillie des couches profondes de la population excédée par les lâchetés et la trahison finale du souverain. L’erreur consistait évidemment à remplacer un Alaouite par un autre; c’était la lèpre au lieu de la peste. La nation n’avait aucun bienfait à en attendre, mais les notables avaient tout à exiger d’un souverain qu’ils avaient aussi manifestement inventé.

Abdelaziz et Hafid, c’étaient exactement la même chose

Après cela Kittani retourna à Fèz, forma un comité « révolutionnaire » qui décida, en l’absence du sultan:

1. de taxer les familles du Makhzen d’Abdelaziz

2. d’arrêter tous les partisans d’Abdelaziz.

3. de recruter une armée qui coupera la route d’Oujda.

4. de fabriquer des arme et des munitions.

5. de créer un journal officiel.

6. de supprimer le scandaleux régime de protection qui ruinait la souveraineté nationale.

7. d’envoyer des commissaires chargés d’enquêter sur place sur les abus du sultan dans tout le pays.

8.de fermer les bordels.

Il y avait beaucoup de points positifs dans ce programme qu’Hafid, une fois monté sur le trône, jeta à la corbeille à papier, comme il fallait s’y attendre et que Kittani paiera très cher et très vite. Hafid, repu après le sac des villages des Sraghna, se décida enfin à faire quelque chose. Contrairement à ce qu’on a trop souvent dit, les Français ne s’opposèrent pas à sa marche: ils avaient finalement décidé de compter les points et de voler au secours du vainqueur. Tout ce qui affaiblissait le pays était une bénédiction pour l’occupant. Les sultans faisaient le sale travail à la place des occupants qui ne voulurent pas même jeter quelques millions sur le plateau de la balance pour la faire pencher du côté qu’ils souhaitaient. Pour eux, Abdelaziz et Hafid, c’étaient exactement la même chose. S’il ne fallait qu’un sultan pour simplifier le jeu international, l’un ou l’autre ferait aussi bien l’affaire, c’est-à-dire aussi mal pour le Maroc. Le général d’Amade qui contrôlait la région de Casablanca avec ses troupes coloniales laissa passer Hafid « en soldat discipliné obéissant aux ordres de Paris ». Ainsi, les deux frères étaient-ils de parfaites dupes: les pantins s’agitaient au Maroc, mais on tirait les ficelles sur les bords de la Seine. On fera grâce des détails des marches et contremarches des deux baudruches qui croyaient encore détenir le sort du pays entre leurs mains.

La prison et les pillages sont les piliers du régime alaouite

Hafid alla se faire acclamer à Moulay Idriss – en évitant Rabat où se trouvait son frère – parce que la foule assemblée par Kittani croyait qu’il mènerait ses soldats à la guerre sainte. Abdelaziz, cette fois complètement dégrisé, reformait une armée à Rabat: 4650 hommes, dont 2000 fantassins. Le 10 août 1908 Abdelaziz atteignit la petite ville de Kelâat Sraghna totalement ruinée par Hafid trois mois plus tôt. Tous les hommes étaient déjà en prison à Marrakech et toute la journée défilèrent les femmes venues réclamer la grâce de leur maris, de leurs frères ou de leurs fils. Abdelaziz qui aurait fait exactement la même chose à la place de son frère, n’avait vraiment pas le temps de les recevoir. La prison a toujours été un des piliers du régime. Son armée comptait maintenant 6000 hommes. Il fut pourtant battu en quelques minutes, une partie de ses alliés ayant brusquement déserté pour piller le camp d’Abdelaziz qu’ils étaient venus défendre, avant que les troupes d’Hafid ne le fassent! Les hommes d’Abdelaziz manifestaient une confiance bien mesurée dans les qualités de leur chef! On se tua férocement pour emporter les coffres et les mules du sultan, vainement.

Les sultans alaouites ne sont pas doués pour les fins héroïques

Naguère bien des sultans alaouites avaient été dépouillés par leurs sujets révoltés, on les ramenait aux environ de Fèz, après les avoir ridiculisés. Mais, ce jour-là, près de l’Oued Tesaout, à Bou Ajiba, le burnous d’Abdelaziz fut criblé de balles. Mais comme les sultans alaouites ne sont pas décidément pas doués pour les fins héroïques, il se sauva, protégé par les mitrailleuses du lieutenant Maréchal assisté naturellement par le sergent instructeur Balding qui était son contrepoids anglais. Pendant tout le reste de la journée et la nuit suivante, ce fut une « fuite éperdue », note un de ses partisans, entre les douars qui assaillent la petite troupe et ses protecteurs européens. Le 20 août 1908, il arrive au camp français de Settat, après 100 kilomètres de panique indescriptible. Le 21 août 1908, il s’effondrait au P.C. du général Amade à Casablanca. Pour abdiquer aussitôt et remettre le pouvoir entre les mains de ses protecteurs aucunement embarrassés.

Le nouveau sultan alaouite Hafid en action

La première chose que fit Moulay Hafid en prenant le pouvoir sans partage fut d’accéder aux demandes « formulées » par les grandes puissances, lui qui avait hypocritement levé l’étendard de la guerre sainte:

· il adhéra à tous les articles du traité d’Algésiras

· Il promit de réserver le meilleur traitement à son frère Abdelaziz et à ses complices du Makhzen.

· Il désavoua totalement la guerre sainte.

C’était très exactement une forfaiture. Un reniement des engagements de sa charge. C’était du super Abdelaziz, puisque son frère n’avait pas même essayé de faire croire qu’il s’opposait à l’invasion. Hafid avait suscité des énergie en s’opposant verbalement, à l’intrusion et à la pénétration étrangère par la force. Ayant vaincu son frère, il se mettait à faire exactement le contraire de ce qu’il avait promis aux marocains! Hafid allait se venger sans perdre un instant des gens qui l’avaient imprudemment porté au pouvoir. Le chérif Kittani, leader de l’opposition à Abdelaziz et promoteur du train de mesures dont nous avons parlé plus haut, fut enlevé dans la région de Meknès où il s’abritait chez ses fidèles de Beni M’tir, par un caïd grassement rémunéré par l’argent juif, et mourut à Fèz sous le fouet. Hafid ne pouvait lui pardonner d’avoir exigé qu’on envoie des enquêteurs pour dresser la liste interminable des abus du Makhzen. Car le Makhzen de Hafid allait ressembler comme un frère à celui d’Abdelaziz, tout en renouvelant totalement le personnel, sans en modifier les méthodes de brigandage légal. Les fassis furent dupes même de la volonté de changement de Hafid. Et ce n’était pas tellement facile de les rouler ces maîtres de machiavélisme. Mais le nouveau sultan, dévoué aux juifs qui l’ont financé et aux occupants qui l’ont protégé était prêt à tout pour conserver un semblant du pouvoir acquis à la petite semaine et était totalement manipulé par ceux qui l’avaient fabriqué et lui avaient donné les moyens financiers et le personnel militaire nécessaire pour rejeter son frère à la mer.

On a remplacé la peste par le choléra !

Hafid acheva ce que son père Mouley Hassan avait commencé: il fit du Glaoui, le fils du marchand ambulant du Tizi N’Tichka, le moteur de son nouveau vieux Makhzen qui restait une société anonyme d’exploitation du peuple marocain. Mais Madani Al Glaoui avait des dents encore plus longues que celles de ses prédécesseurs, car il était affamé depuis plus longtemps. Comme tout grand voleur nouveau riche de la politique, il voulait tout, tout de suite. Le loup était dans la bergerie, mais l’on verra bientôt que c’était un loup en papier. Les notables traditionnels ayant été roulés, ne versons pas une larme sur eux, en croyant manipuler le nouveau sultan. Ils avaient seulement oublié un léger détail: si Abdelaziz avait été catastrophique, Hafid allait être encore plus lamentable, car ce lâche, incapable de la moindre idée politique, était en plus d’une cruauté infinie. Ce n’était pas une révolution qu’ils avaient faite, car toute révolution eût passée et passe encore par l’élimination politique totale de la monarchie alaouite. Ils avaient changé de pantin. Et le nouveau pantin était d’autant plus féroce qu’il était couard. Abdelaziz aimait tirer au pistolet sur des cibles en carton. C’était d’ailleurs, plus tard, également le jeu préféré du prince Moulay Abdellah le frère d’Hassan II. Et Hafid fera tirer sur ses « sujets », cibles vivantes et tellement « plus excitantes »!

Les occupants n’avaient que l’embarras du choix

entre traîtres alaouites

Trois mois après l’installation de Hafid, son véritable frère, Sidi Mohammed, se nomma sultan à la Qasba de Skhirat [à l'endroit même où Hassan II allait être attaqué par les militaires le 10 juillet 1971] où il était prisonnier depuis la prise du pouvoir par Bah Ahmed, et marcha sur Fèz. Ce rigolo inoffensif fut arrêté par le pacha de Meknès, d’autant plus obséquieux vis-à-vis du pouvoir qu’il s’était rallié in extremis à Moulay Hafid. Sidi Mohammed changea seulement de prison, car son frère le garda près de lui à Fèz. Mais il restait encore dix frères. Les occupants n’avait que l’embarras du choix entre traîtres alaouites. Et il ne s’en priva pas. En concurrence serré avec tous les candidats alaouites à se mettre au service des occupants, Hafid usa et abusa du seul semblant « pouvoir » que ses maîtres occupants ont bien voulu lui accorder, c’est-à-dire celui de persécuter les faibles marocains occupés et se frères rivaux, en jetant, par exemple, comme on l’a vu, le rival de la famille, Bou H´mara, dans la cage aux lions. La parasitaire et pourrie dynastie alaouite aurait été à la merci du premier charlatan venu si la France, appelée à son secours par Abdelaziz, n’avait veillé sur les créneaux dorés des murailles de Fez décorées encore des têtes sanglantes coupées pour le bon plaisir du sultan. Une boucherie immonde sur un des plus beaux sites du monde: le décor d’une monarchie en décomposition encore plus avancée que celle des partisans de Bou H´mara. Hafid inaugura son « règne » en reconnaissant aux occupants, également, sa « dette de guerre ». Il accepta qu’un ingénieur français ait la haute main sur les travaux publics. Il confia la réorganisation de l’armée à des instructeurs exclusivement français. Hafid se faisait le fourrier de l’occupation française. L’infamant traité de 1912 – signé par le sultan alaouite hafid – qui a officialisé l’occupation camouflée sous le nom du protectorat – n’aggravera rien: il constatera seulement ou enregistrera un état de fait. Ce sont les sultans alaouites qui ont affaibli et mis à genoux notre pays. Ils ont « préparé » le Maroc au colonialisme et ont ouvertement et officiellement fait appel aux envahisseurs étrangers: ou bien pour les protéger des révoltes du peuples marocain ou bien pour vaincre leurs frères adversaires de la même famille alaouite. Et depuis 1909, la capitulation des alaouites face aux envahisseurs et la démission de la monarchie est totale. Le sultan vivait à Fèz, totalement coupé des réalités, du monde et du peuple. Cette incapacité à comprendre le monde moderne – qui est d’ailleurs la marque des sultans alaouites sans exception – depuis leur début jusqu’aujourd’hui, a instauré la main mise de l’étranger sur notre pays.

Et les traîtres alaouites étaient tout heureux

de servir les occupants

Malgré les démonstrations de force faites au dépend des tribus de la région de Casablanca, par le général d’Amade de l’armée de l’occupation, et au dépend des des tribus de Beni Snassen – dans la région d’Oujda – par le général Lyautey, Hafid fait toujours comme si les canons à tirs rapides des occupants et les mitrailleuses étaient de simples frondes ou des bricoles décoratives. Il ne joue pas même sur la rivalité franco-allemande alors que cela était lui aurait été facile vue que l’Allemagne avait une politique d’amitié avec les pays musulmans, définie par le discours très antisioniste, tenu à Damas du 8 novembre 1898, par l’Empereur Guillaume II. Le sultan fantoche alaouite s’agenouillait et se mettait à plat ventre devant les occupants en même temps qu’ils faisait mine de protester lorsque les troupes françaises avaient franchi le fleuve Sénégal, à 2000 kilomètres de Fèz. Hafid était tout heureux du traité du protectorat qu’il a signé, car cet accord stipulait son maintien formel sur le trône avec les mêmes prérogatives qui sont accordées aujourd’hui par les occupants à Karzay, Abbas ou à Almalki. Mai les occupants avaient surestimé le poids des alaouites dans le pays: la soumission totale du sultan et de son Maghzen n’entraînera pas celle du peuple marocain.

Hafid se convertit en franc-maçon juif

La première guerre de résistance du Rif éclata le 9 juillet 1909. L’insurrection armée étant la seule réponse adéquate possible à l’arrogance des occupants. Le superbe ambassadeur espagnole Merry del Val avait poireauté six jours dans l’antichambre de la marionnette des occupants français Hafid avant de pouvoir exposer ses demandes. C’était – grâce à ses protecteurs français – le dernier plaisir régalien qui restait à Hafid – qui passait la majorité de son temps ivre et endormi dans son lit: faire attendre les ambassadeurs étrangers jusqu’à l’extrême limite de la courtoisie internationale. Quelle poigne! Que de fierté alaouite! Mais les puissances pouvaient tout se permettre au Maroc à condition de traiter le sultan « avec égards » et elles avalaient la couleuvre d’assez bon appétit, puisqu’une fois passée ses petites manifestations de paranoïa, le sultan cédait toujours et sur tout!. Merry del Val, ravalant son humeur, s’inclina le plus allègrement possible devant le sultan et lui demanda d’avoir l’ineffable bonté de bien vouloir autoriser l’Espagne:

1. A occuper les montagnes entre Tanger l’internationale et Ceuta l’espagnole. L’équivalent de deux départements français!

2. A exploiter les concessions minières que Bou H´mara, lorsqu’il était sultan d’Oujda sous le nom de Sidi Mohammed, avait vendu et accordé du haut de sa toute puissance aux compagnies « Norte Africano » et « Minas del Rif ».

3. A installer à Fèz une mission missionnaire chrétinne franciscaine permanente!

Précisons que ce Merry del Val était le frère du secrétaire d’Etat au Vatican, le Cardinal (depuis 1903) Raffaele Merry del Val « camérier secret » du Pape, et que dans l’entourage de Pie X, l’on se flattait fort d’évangéliser les infidèles, c’est-à-dire les musulmans. L’Afrique était alors devenue – pour le Vatican – « terre de mission » pour y exterminer l’Islam! L’Espagne aurait volontiers voulu remplacer la France dans le rôle de fille aînée de l’Eglise et remplacer au Maroc le Croissant par la Croix! Le missionnaire ambassadeur Merry del Val avait même amené avec lui deux mules chargées d’eau « chrétiennement » bénite et, comme il n’avait sans doute pas de Franciscain sous la main, il avait amené deux capucins, petit échantillon de frères prêcheurs au froc brun identique pour convaincre sa majesté chérifienne. Hafid écouta sans broncher et fit répondre au « croisé » qu’il allait y réfléchir. Mais Hafid est beaucoup plus séduit par l’or et l’argent juif et finit par se convertir officiellement au judaïsme!

La première révolte du Rif

Le 9 juillet 1909, les habitants de Melilla – qui subissaient depuis des siècles l’occupation espagnole – attaquèrent un convoi de mineurs qui se rendaient dan la zone de protection et d’exploitation qui n’avaient jamais été autorisées: légitime défense contre le brigandage espagnol. Les paysans ne faisaient que défendre la souveraineté nationale, rôle que le sultan avait totalement abandonné. L’affaire était caricaturale du colonialisme: le goupillon chargé d’eau bénite dans la main de l’ambassadeur Merry del Val, la mitrailleuse dans celle du général Marina. La « civilisation » en marche fut arrêtée par le raz -le- bol des rifains. L’Espagne eut un haut le cœur lorsque les va-nu-pieds du Rif taillèrent en pièces sa glorieuse infanterie qui avait l’habitude de ridiculiser les troupes du sultan. L’envoyé spécial du « Temps » raconte: « Retranchés dans la montagne, tireurs adroits et ménagers de leurs munitions, les Rifains s’étaient révélés comme des ennemis redoutables et certains régiments espagnols à peine débarqués de la Péninsule, avaient perdu en moins de vingt-quatre heures, la moitié de leurs effectifs. » L’histoire n’a pas retenu les noms des chefs de la révolte pour l’excellente raison qu’il n’y en avait pas. Abd-El-Krim était encore adolescent. Le peuple marocain prouva alors que (débarrassé de faux prophètes, tel El Hiba qui prétendait faire se changer en pluie les balles des Chrétiens) il pouvait efficacement combattre pour défendre la réalité de son existence sur un terrain difficile qu’il exploitait à merveille, et qu’ il pouvait éparpiller n’importe quelle armée moderne dépaysée et estomaquée par la vigueur de l’opposition et de la résistance. Le sultan justifiait ses pantalonnades devant les grandes puissances par la « médiocrité » de ses troupes, et de leur armement, incapables de s’opposer aux armées chrétiennes… Mais, la vérité est que personne ne voulait se battre pour préserver son trône et ses insupportables privilèges. Quand la cause était juste et les objectifs clairs, le peuple marocain savait résister et se battre avec un cœur et une efficacité admirables. L’armée du sultan n’était pas l’armée marocaine. On ne voulait pas mourir pour un tyranneau alaouite, mais on se battit jusqu’à la mort pour défendre l’intégrité nationale.

Une résistance rifaine farouche

Le sultan alaouite – avec son makhzen pourri et corrompu – avait mené le pays à la défaite, se faisait ridiculiser même par les troupes espagnoles lors du « siège de Tétouan » en 1866. Aujourd’hui une poignée de paysans rifains, avec leur seule volonté de légitime résistance, sans chefs ni argent, jetaient la panique dans les rangs de ces mêmes espagnols. Contrairement à la caricature des combats coloniaux, où l’on voit (dans les livres et dans les films) de beaux légionnaires blonds au regard aussi clair que la conscience lutter contre les « salopards » (terme employé par les soldats français et les légionnaires vers 1925 pour désigner les combattants rifains) à un contre dix, c’était ici exactement le contraire: quelques centaines de rifains, obligés de ménager leurs balles achetées avec leurs maigres ressources agricoles, se battaient contre 40.000 espagnols fastueusement ravitaillés par mer. Après quelques semaines de combat pourtant inégal, le général Marina avait perdu la moitié de ses dix mille hommes et avait demandé et obtenu 35.000 hommes en renfort. Si les armées d’invasion avaient été secouées de la sorte dans tout le pays et que c’était possible, comme elles l’étaient dans le Rif, il aurait fallu un corps expéditionnaire franco-espagnol d’un million d’hommes éparpillés d’Oujda à Safi, et de Tanger à Zagora pour faire fléchir le Maroc! Le crime de l monarchie est d’avoir empêché cette levée de résistance en masse. Un des guérilleros résistant rifains venu à Fès demander que le Maghzen les aide contre l’Espagne, a raconté à l’envoyé spécial du « Temps » comment les combattants rifains s’étaient organisés. C’est le seul témoignage que l’on ait, les soldats de l’ombre n’ayant jamais eu la parole: « Beaucoup d’entre nous ont des « deschra « (carabines à tir rapide) et chaque communauté villageoise en a une petite réserve pour ramer ceux de ses membres qui n’en ont pas. Nous avons également des moules à balles et des machines à réamorcer les cartouches avec de la poudre que nous fabriquons nous-mêmes quand nous manquons de poudre de contrebande. Malgré tout, nous ne pouvons ravitailler un nombre suffisant de combattants en vivres et en munitions. Actuellement, nos contingents vont au combat par dixièmes renouvelés tous les quinze jours. Il faudrait que nous arrivions à faire donner en même temps au moins un quart de nos effectifs. » ( publié dans « Temps « , Janvier 1910).

Hafid démasqué !

Les résistants rifains croyaient encore que Hafid était le sultan du jihad contre l’envahisseur: il ne l’avait été verbalement que pour se débarrasser de son frère Abdelaziz, pour duper le peuple marocain et le démobiliser. Ce porte-parole des résistants riffains attendit plusieurs semaines avant d’être reçu par le sultan Hafid. Méprisé comme un vulgaire ambassadeur espagnol, il regagna ses montagnes sans avoir rien obtenu du sultan, mais il l’avait obligé à se démasquer. Et le peuple rifain continua le combat comme il l’avait engagé, seul. Il avait gardé sa force vive parce que éloigné de la pourriture fassie et des compromissions obligées pour ceux qui à Fèz gravitent de près ou de loin autour de la cour la plus ramollie de son temps. Hassan II a une fulgurante explication pour justifier cette traîtrises familiale alaouite. Il dit (dans « Le Défi », p.16): « lorsque ce pays se trouve isolé, pratiquement désarmé, il doit éviter l’épreuve de force qui le ferait tomber dans une plus grande servitude. » Et ce sont les sultans alaouites qui ont effectivement isolé et désarmé le pays! Qui a empêché le Maroc à avoir une armée à la hauteur de son peuple? C’est l’illégitimité et la non représentativité de la monarchie qui ont empêché notre pays d’avoir une défense nationale, au lieu d »une armée d’esclaves qui dirigent ses armes contre le le peuple pour défendre et protéger un sultan illégitime, corrompu et usurpateur du pouvoir. La monarchie a livré le peuple marocain désarmé aux convoitises des envahisseurs.

Le peuple résiste aux occupants espagnoles, Hafid leur cède …

L’armée française contre le Maroc, ce n’était pas joué d’avance, ce n’était pas l’éléphant tricolore contre la puce marocaine. C’est avec l’aide et la collaboration des sultans alaouites que les occupants ont pu soumettre, dominer et massacrer des centaines de milliers marocains dans l’Oriental, dans le Rif, dans les plaines, dans la montagne, et dans les villes. Les succès rifains de 1909 prouvent, s’il en était besoin, qu’avec un matériel léger, mais en état de marche, le peuple marocain était capable à lui seul d’empêcher la dictature des alaouites et des occupants: les puissances d’occupation n’avaient pas les moyens de faire la guerre. Elles pouvaient seulement mener des opérations de police les plus économiques possibles. L’argument du « génocide » qu’eussent commis, en cas de résistance, la France et l’Espagne ne tient pas: en 1909, les pertes espagnoles sont 20 fois plus lourdes que les pertes marocaines. Envoyer des foules mal armées ou désarmées pour attaquer attaquer l’artillerie lourde au grand galop, c’était se jeter à l’assaut du ciel comme le fit Moulay Abderrahman à la bataille de l’Isly (13 août 1844) et comme le fera El Hiba contre Mangin. C’est le crime des notables qui eux s’en sortent toujours: le sultan vaincu et El Hiba, eux, ils finiront dans leurs lits. Organiser une guérilla de résistance implacable, c’est prendre réellement le ciel et les rifains l’avait deviné et démontré avec éclat. Non, le peuple marocain n’était pas battu d’avance. On l’a empêché de résister comme il le voulait: les marocains ont été fusillés dans le dos et du haut de son balcon au cèdre doré, le sultan regardait l’immonde exécution qui préservait ses privilèges. Voilà la vérité qu’Hassan II escamote en deux lignes. Mais sa haine contre tous les mouvements de résistance populaires efficaces se comprend: l’insurrection d’Abd-El-Krim était un mouvement républicain qui voulait jeter les occupants et leur marionnette, le sultan, à la mer. Il a fallu trois mois et des milliers de tués et de blessés au général Marina pour occuper le djebel Nador et la Qasba de Sélouane, ancien quartier général de Bou H´mara dont les restes pourrissaient depuis quelques semaines dans la résidence d’été du sultan. Victoire à la Pyrrhus, car Marina ne pouvait guère bouger de sa « conquête » et il était obligé d’immobiliser un corps expéditionnaire disproportionné avec le terrain gagné. La montagne et la nuit appartenaient toujours aux révoltés. Hafid allait donner à l’Espagne sur le tapis vert ce qu’elle n’avait pu prendre sur le terrain par la force. En novembre 1910 le sultan cédait par le traité de Madrid tout ce que Merry del Val lui avait demandé l’année précédente, sauf les mules d’eau bénite. Les rifains n’étaient pas morts pour rien: ils avaient donné l’exemple et obligé le sultan à se démasquer. Mais d’abandons en renoncements, Hafid ne pouvait pas aller bien loin. La mission militaire française à Fèz allait avoir du travail.

Le peuple résiste aux occupants Hafid résiste…

à son frère, en ravageant le pays !

Pendant que le Rif résistait à l’occupation espagnole dans la région de Melilla, un frère du sultan, Moulay El Kebir soulevait la région de Taza décidément bien peu légitimiste! C’était à prévoir. Ses frères voulaient faire comme lui et réclamaient une part de l’ »héritage familial ». Ils ont hérité le pays et le peuple comme si les marocains étaient un troupeau de bétail! Hafid envoya donc dix-mille hommes… non pas contre son frère trop bien protégé par ses montagnes et ses murailles, mais contre les tribus de l’oued Innaouen. Cette « mehalla » était normalement commandée par Mohammed El Glaoui (« ministre de la guerre », à peine pubère) dont le seul « mérite » était d’être le fils d’un des « bergers » qui surveillaient le troupeau, le « tout-puissant » grand vizir Madani El Glaoui. La « mehalla » partie en décembre 1909, resta dix mois chez les Hayaina, à mi-route de son objectif supposé et se comporta comme les Grandes Compagnies de la guerre de Cent ans, préférant faire la guerre aux paysans, aux femmes et aux enfants. De la grande politique, pour lutter contre un prétendant en ravageant le pays. Les criminels brigands alaouites transformèrent le pays en désert. Il faut vraiment que le Maroc soit indestructible pour avoir résisté à deux cent cinquante ans de pouvoir alaouite! Les « commandos » de Sa Majesté détroussèrent les caravanes, pillèrent les marchés, incendièrent les douars, rançonnèrent les hommes, vendirent les femmes comme esclaves. Les putains qui suivaient les brigands de Sa Majesté se faisaient maquerelles et achetaient les enfants pour l’usage que l’on devine: un gosse se vendait pour le prix d’un demi-mouton. C’était insuffisant pour faire vivre ce nuage de sauterelles téléguidé de Fèz: les soldats vendirent donc leurs armes et leurs munitions, comme n’importe quel soldat de Long-Nol, de Karzay, d’Allaoui, de Abbas, de Séniora: les « Hafid » des occupants juifs et de leurs marionnettes Américains d’aujourd’hui! Il n’y a pas de coïncidence ..!

Le sanglant imbécile Hafid collaborait avec

les occupants pour le piller le pays

« Moulay » El Kebir pouvait dormir tranquille à Taza, tandis que le pays passait d’atroces nuits blanches. Les Alaouites ne se mangent pas vraiment entre eux. Le jeune Glaoui et Hafid envoyèrent même quatre mille hommes « en renfort » et laissèrent faire ce carnage atroce pendant neuf mois : ce pillage systématique du pays était une invention alaouite, on le sait, et Hafid était tranquille dans son palais, dégarni de soldats de grand chemin puisque les Français le protégeaient de la mauvaise humeur de ses sujets. La collaboration franco-alaouite se rodait bien. Ce furent les Français qui manquèrent de patience. Comme pour Bou H´mara, ils trouvèrent la plaisanterie saumâtre. Leur sultan avait vraiment l’air de ce qu’il était, un sanglant imbécile. Et l’opinion publique française, déjà pas très favorable aux « aventures coloniales », finirait par le savoir et les députés par ne plus voter de crédits. Les conseillers militaires français reçurent l’ordre d’intervenir pour sauver le régime. Les quatre officiers français exigèrent que le sultan rappelât ses troupes de « coupeurs de route ». Le 20 octobre 1910, l’armée alaouite – armée et financée par les occupants – ramenée à petites journées fut massée comme pour la parade dans la cour du Méchoauar du palais du sultan fantoche. En guise de félicitations pour leur héroïque conduite au « combat » – contre les paysans, les femmes et les enfants -, le chef de la mission militaire française leur tendit un piège, si grossier qu’il réussit pleinement. Il décida d’abord de passer une revue de matériel. Après neuf mois de campagne, il ne restait plus aux quatorze mille hommes devenus cinq mille cinq cents (les autres avaient déserté) que 1.500 fusils et 3.000 uniformes. Des centaines de chevaux et de mulets avaient été vendus. Des hurlements retentirent quand les fusils disparurent. Trop tard. Les soldats directement commandés par les Français et les sept cents esclaves de la garde noire de Hafid étaient en embuscade aux créneaux. Le brouhahas tomba aussitôt. Les soldats n’avaient pas envie de subir le sort de leurs victimes civiles! Le commandant Mangin (ne pas confondre avec le futur général qui s’opposera à Lyautey) fit lire un décret signé par Hafid, mais rédigé par lui : l’armée était licenciée, mais les hommes pouvaient se réengager après visite médicale et acceptation d’une discipline calquée sur celle de l’armée française. Trois mille hommes furent reconnus bons pour le service. Les autres avaient vingt-quatre heures pour disparaître.

La faillite totale de Hafid

Hafid et ses amis français n’avaient pas encore pris assez de précautions : ce petit embryon d’armée pourtant revu et corrigé allait leur claquer dans les doigts dès que le pays réel, à bout de patience, se mettrait à secouer le joug. Le Maghzen (comme on nomme au Maroc le gouvernement qui emmagasine les impôts) avait en effet toujours pressuré le peuple, mais en cette année 1910, les exactions allaient prendre une direction grandiose, car le nouveau Maghzen sentait le sol se dérober sous lui et allait mettre les bouchées doubles pour « croûter » le pays .. Comme la trique gouvernementale ne se faisait plus sentir qu’autour de Fèz, ces paysans là allaient payer pour les autres. Hafid avait bénéficié pendant quelques mois de contributions volontaires versées au Trésor par tous ceux – trompés par le « commandeur des « croyants » et ses promesses hypocrites, et qui voulaient participer financièrement à l’effort de guerre de libération, devoir sacré. Les volontaires étaient nombreux et les caisses d’Hafid pleines. Tant qu’Hafid put jouer la comédie de la « guerre sainte », tout alla très bien, mais vint le jour où il ne put faire semblant de vouloir jeter l’envahisseur à la mer. Il se réfugia alors dans son palais protégé par les occupants, et refusant de bouger le petit doigt contre l’agresseur. Les dons se tarirent aussitôt. C’était la faillite. Les produits normaux de la nouvelle fiscalité étaient, en effet, totalement parasités par les grandes puissances qui avaient installé un contrôleur sangsue derrière chaque fonctionnaire fiscal alaouite du makhzen. L’argent drainé dans les ports et les marchés allait directement à ses anciens financiers juifs, dans les banques parisiennes et londoniennes, qui avaient avancé quelques millions pour les menus plaisirs du sultan et récupéré des centaines de millions, placement de spéculateurs juifs qui devenait placement de père de famille. Les rares ressources (domaine propre etc.) qui échappaient à la ponction étrangère, étaient si mal gérées qu’elles ne rapportaient pratiquement plus rien.

Le sultans: propriétaire du Maroc

Le sultan s’était ruiné dans un pays à peine mis en valeur par sa faute : les paysans ne cultivaient plus que le strict nécessaire pour ne pas mourir de faim, constamment à la merci des soldats pillards des sultans alaouites qui brûlaient les moissons, vidaient les silos, coupaient les arbres fruitiers, razziaient les troupeaux, si bien que les trois quarts de la terre marocaine cultivable étaient en friche. Les sultans n’avaient pas même eu l’astuce de certains de leurs homologues étrangers. Ils avaient tué la poule aux œufs d’or, ils avaient égorgé le mouton au lieu de le tondre. Résultat : il n’y avait plus d’œufs ni de laine. Ce qui prouve qu’on peut être à la fois bête et méchant. Les requins du maghzen alaouite connaissaient bien la tradition. Le sultan les laissait s’enrichir crapuleusement : concussion, prévarication, trafic d’influence, détournement des deniers publics, tripatouillage sur les fournitures aux armées, vol qualifié même, extorsion de fonds, rackets, tout l’éventail de la grande délinquance. Quand le sultan jugeait que le bas de laine était assez dodu, il le confisquait et envoyait son ex-propriétaire en prison à vie. Une diète prolongée et des bastonnades régulières faisaient de ces cachots royales (les éternelles « Tazmamartes » des alaouites) l’échafaud de la mort lente. On pouvait tenir le coup quelques années, jamais plus. La mort « naturelle » faisait son œuvre, c’était bien commode. C’est la façon alaouite de « supprimer » la peine capitale »! Sous le règne d’Hafid, la décomposition gouvernementale avait depuis longtemps pris quand même des allures de fin du monde. Les fidèles serviteurs du monarque, je veux dire Madani El Glaoui et sa clique de hobereaux ambitieux, tenteront d’accélérer le rythme ancestral du profit et de faire fortune en quelques mois alors qu’il fallait des années sous Hassan Ier. Pour exploiter à fond le peu de temps qui leur était imparti selon toute vraisemblance, ils créèrent un nouvel impôt : la « Naiba ». C’était une taxe qui remplaçait le loyer des terres et des maisons, partant du principe que le sultan gérait – si l’on peut dire – les biens de la communauté musulmane pour « le plus grand profit » de celle-ci, théorie du droit. Il était donc propriétaire du Maroc. Que fait un propriétaire ? Il encaisse des loyers. Enfantin! « Ce fut une ère lamentable d’exactions et de spoliations. », dit un témoin neutre, mais attentif. Ce système multipliait ses effets désastreux sur le peuple, selon une progression géométrique.

Le loyer que les marocains payent au proprétaire de leur pays !

Quand Madani El Glaoui jugeait, en toute iniquité, que le brave Youssef Ben Brahim, qui exploitait six hectares à El Hajeb et faisait pâturer 80 moutons, 20 chèvres et 5 vaches devait payer un « loyer » annuel de 10 moutons, 5 chèvres et 2 vaches, le caïd El Hajeb traduisait – en pensant à son petit bénéfice – : 20 moutons, 10 chèvres et 3 vaches. Son adjoint, qui allait percevoir directement le loyer (le métier de percepteur à main armée comporte des risques, il faut des primes de danger), l’augmentait encore si bien que le pauvre Youssef Ben Brahim se faisait extorquer 30 moutons, 15 chèvres et 4 vaches. L’adjoint du caïd gardait évidemment « sa part » : il fallait bien rentabiliser le gros « cadeau » qu’il avait versé au caïd pour obtenir un poste de confiance aussi rémunérateur. Le caïd gardait aussi son pourcentage, car il avait versé de gros sacs de douros à Madani El Glaoui pour avoir le bonheur de servir son pays. Et Madani gardait le reste du «loyer » qu’il convertissait en pièces d’or et d’argent, – la bourgeoisie commençante de Fèz était là pour ça ! – plus facilement stockable que des troupeaux volés, dans ses casbahs de Télouet, Aït Ourir ou Taddert. Je prends la première part, parce que je m’appelle Grand-Vizir. Pour peu que le loyer annuel soit perçu trois fois par an, le pauvre fellah devenait très vite indigent, sa femme prostituée et ses enfants mendiants errants promis à toutes les aventures. On ruine ainsi très vite un pays qui aurait du être un paradis terrestre. La communauté se paupérisait au profit exclusif de notables qui ne remettaient pas même le produit de leur rapine dans le circuit économique national. Et RIEN n’a vraiment changé sous les successeur de Hafid: Hasan II et Mohamed VI ! Madani El Glaoui était si vorace qu’il oublia de ménager, comme le voulait la coutume, les petits notables locaux, courroie de transmission provinciale plus ou moins solide de la tyrannie centrale « alaouite ». Il détruisit ainsi la pyramide féodale qui ne reposait plus que sur sa pointe, lui. Erreur funeste, pour un chef de gang qui ne peut plus truander sans malfrat associé. Le Glaoui se coupait de complice qui auraient pu devenir ses partisans en cas de coups durs. Tout pour lui et rien pour les autres. Il ne partageait plus le butin. Il était le gang à lui seul. Ce qui rendra «vertueux » un certain nombre de caïds déçus ne de plus être admis à table. Je rappelle que nous sommes en 1909-1910 et que ce n’est pas Lyautey (arrivé en 1912) qui a nommé le Glaoui grand-vizir et grand pillard du royaume, mais bien le seul Hafid, contrairement à ce que prétend Hassan II dans son mensonge « Le défi « !

Le makhzen, la corruption,

les intrigues et le pillage du Maroc?

La monarchie alaouite est seule responsable de la promotion de ces petits rongeurs devenus fauves. La hargne du piranha Glaoui se retourna tout-à-coup contre lui et son maître. Le caïd Akka, grand personnage des Ait Ou Bouidman (fraction des Béni Mtir) avait cru bon d’arrêter le chérif Kittani qui avait essayé de se faire élire sultan à la place de Hafid, lorsqu’il s’était réfugié chez lui, après l’installation de Hafid sur le trône familial. Kittani est mort sous les coups de cordes à nœuds mouillées et durcies au vinaigre. Akka, qui espérait sans doute faire une belle carrière au maghzen – le sultan cherchait des hommes qui avaient fait preuve d’un zèle inhabituel – après ce coup d’éclat, obligea des administrés à rentrer dans le giron du Palais et à payer leurs impôts sans couper la tête aux percepteurs boulimiques. Pour le récompenser de sa fidélité, Madani El Glaoui l’avait mandé à Fèz, en décembre 1910. La fortune d’Akka était donc faite. Akka avait sauté sur son plus beau cheval, sans oublier de garnir une mule de jolis cadeaux. Cinq heures plus tard, il était jeté dans un cul de basse fosse. Pour le motif habituel et inavoué : on voulait en tirer encore plus. Effectivement, deux mois plus tard, il sortait de son trou à rats après avoir payé une rançon fabuleuse et complété la collection de douros de Madani El Glaoui, l’auréophage (le « mangeur d’or ») ! Les contribuables d’ Akka lui rembourseraient très vite la rançon, mais rien ni personne ne le dédommagerait de son humiliation et de ses ambitions déçues. Ivre de rage, le caïd Akka entra aussitôt en campagne, visita tous les caïds des grandes tribus voisines (Beni Mtir, Zémour et Querrouane, plusieurs centaines de milliers d’hommes) et le 22 février 1911 – un mois après sa ruineuse libération – Akka réunissait les conjurés à Agouraï (sud de Meknès). Son plan était simple et fut approuvé immédiatement : profitant de la fête du Mouloud qui aurait lieu trois semaines plus tard à Fèz, les cavaliers des tribus révoltées viendraient y rendre hommage au sultan, comme le veut la tradition et l’enlèveraient avec son âme damnée Glaoui. Akka savait très bien que personne ne défendrait le sultan. L’impopularité du trône était telle qu’après avoir mitraillé Abdelaziz, l’adolescent prolongé, les sujets excédés d’Hafid le paranoïaque, n’avaient plus qu’une ressource : son élimination physique. Pas de légalité pour les ennemis de la légalité. Contre le gang au pouvoir, des méthodes expéditives et définitives. Akka n’avait oublié qu’une chose : il y avait des sujets de mécontentement encore plus pressés que lui. Les Cherarda se soulèveront avant la prise d’otage imaginée par Akka. C’était d’autant plus grave pour le Palais que les Cherada sont une tribu «guich », une tribu qui fournit le service militaire par roulement et qui, en échange de son «sang », ne paye pas d’impôts. Vieux système des monarchies qui fabriquent des privilégiés pour les lancer contre le reste de la nation écrasée d’impôts ! Monarchie alaouite, ferment de dislocation. Les Charada avaient déjà converti les Beni Hassen et le Hejaoua et risquaient surtout d’entraîner les trois autres tribus «guich», fer de lance émoussé, mais suffisamment aigu pour mettre fin à la présence alaouite sur le trône. Ces tribus étaient en «Siba », mot que les historiens colonialistes adorent employer, qu’ils traduisent par « anarchie » (raisonnement: Maroc= Anarchie, = nécessité de l’ordre, = occupation = »protectorat ») et qui n’était que le refus clairement manifesté de ne pas céder au caprice sanglant du Palais.

Et dès que le makhzen est menacé, Hafid réclame

aussitôt la protection des occupants

Devant cette levée en masse Hafid s’affola et réclama aussitôt l’intervention de l’armée française qui restait l’arme au pied dans le Mechouar du palais de Fès. Le commandant Mangin prit donc la tête d’une colonne de 2.600 hommes et s’installa sur le Djebel Tselfat, point culminant du territoire des Cherardas… où les pluies de printemps le figèrent dans 60 centimètres de boue. Akka, ses Beni Mtir et leurs alliés ne pouvaient plus attendre le Mouloud pour enlever le sultan : il fallait d’abord éliminer ces mercenaires étrangers qui lui servaient d’épée et de bouclier. Il attaqua le camp enlisé de Mangin et le 12 mars 1911, ses troupes grossies de ses tribus du Saïs , coupèrent toutes les routes qui mènent de Fès au port atlantique. C’était bien joué : les renforts français ne pouvaient passer. Incapable de vaincre, Hafid résolut de convaincre et de « traiter » avec les insurgés, autrement dit de les diviser, ruse alaouite vieille de 250 ans d’expériences. Les notables des tribus révoltées se seraient sans doute laissé prendre à sa stratégie de l’araignée, si la «base» n’avait hurlé à la trahison. Les Marocains ne voulaient plus ni reculer ni subir. Ils voulaient marcher sur Fèz pour renverser le régime. Hafid avait pourtant envoyé le caïd Mtouggui, grand maître de l’Atlas occidental, de Marrakech à Agadir, vieux renard encore finaud, endurci par quarante années de relation avec le makhzen, mais rallié in extremis à Hafid, il était donc prêt à tous les compromissions. Encore une créature des occupants, sans doute chassé par la colère populaire le vieux Borgia de l’Atlas rentra le17 mars 1911 à Fèz. Bloquée à l’Ouest par Akka et ses amis, la ville venait d’être investie à l’Est par les Aït Youssi descendus des hauteurs de Séfrou, le plus beau jardin du Maroc. Encerclée, la ville d’Idriss était un camp (mal) retranché. Mangin profita de la nuit pour laisser son camp de Tselfat au commandant Brémond. Il retrouva un Hafid atterré. Il était trop tard pour se soumettre.

Le « Commandeur des Croyants »

sauvé par les non-croyants !

Il aurait fallu se démettre, si le jeu des forces politiques proprement marocaines avait joué seul. Mais ce Mangin réconforta le sultan aux abois : depuis son arrivée à Fèz, comme chef de la mission militaire française, il avait réussi à faire venir officiers et sous-officiers par petits paquets de10 ou 20. C’était plus discret à Paris comme à Fèz. Mangin avait rapidement fait ses comptes. Il avait deux milles hommes de troupe, débris de la garde noire et les mehallas du sultan, hommes de main de Madani El Glaoui et des grands féodaux du Sud. Pas brillant. Pratiquement pas opérationnelles, les forces propres du sultan étaient incapables de le protéger. Mais Mangin avait sa bonne artillerie qui avait déjà débarrassé l’Alaouite de son rival Bou Hmara. Canons français (80 de montagne et 75 Schneider), servants français, commandement français : le « Commandeur des Croyants » avait fière allure. Dans un sursaut d’orgueil malheureux Hafid lança « ses » troupes contre le camp d’Akka, le 26 mars 1911, sans rien dire à Mangin. Hafid y perdit en moins d’une heure 40 tués, 50 blessés et 30 prisonniers. Akka et les siens qui n’avaient eu une égratignure contre-attaquèrent derrière les fuyards à la dérive. Fèz n’était plus qu’à une demi-heure de cheval ! Prévenu à temps, Mangin fit tonner toutes ses pièces. La charge qui sans cela eût été irrésistible, se brisa sur les obus de 75. L’artillerie française avait une nouvelle fois bien rempli son rôle : elle sauvait le sultan des occupants. Jamais un sultan n’avait été humilié à ce point : ses prédécesseurs avaient été dépouillés en rase campagne, il était le premier à être bousculé chez lui. Sauvé le 2 mars 1911 par les obus de Mangin, il le fut encore le 9 mars. Mais les rangs des insurgés s’enflaient de jour en jour et la marée allait mathématiquement submerger Hafid. L’existence de la monarchie n’était plus qu’une question de jours, voire d’heures. «On ne lance pas une jeunesse à l’assaut du ciel », se défend Hassan II dans son unique livre et recueil de mensonges! Mais un peuple bafoué se lance tout seul à l’assaut d’une féodalité anachronique, défendue par l’artillerie docile de la Troisième République néo-jacobine juivée !

Avec de l’or juif , le sultan réclama

une armée à cent pour cent coloniale !

Mangin fit rappeler Brémond qui surveillait toujours les Chérarda sur le Djebel Tselfat. Et fraya un passage scabreux à coups de canon. Hafid faisait massacrer ses « sujets » pour se protéger d’une rébellion, inconsidérée sans doute et «romantique». Il envoya trois courriers à pied – ses fabuleux «rekkas » qui peuvent parcourir 70 kilomètres par jour – dans trois directions différentes, le 27 avril 1911. Deux furent pris et massacrés par les insurgés – mais le troisième se faufila entre les tentes, les feux de bivouac et les sentinelles sans doute endormies et parvint à Oujda où il déposa son message entre les mains de l’autorité française : son maître « demandait instamment l’envoi de troupes française » au gouvernement parisien. Le sultan reconnaissait à la face du monde qu’il ne voulait même plus de ses propres troupes : la fiction de son autorité s’effondrait. Des conseillers militaires ne lui suffisaient plus, c’est une armée cent pour cent coloniale qu’il réclamait « instamment » et une intervention militaire étrangère, massive, car ses soldats n’obéissaient plus à leurs instructeurs français, ce qui se comprend fort bien, même quand on a servi un pareil maître, la faim au ventre, ils désertaient en masse pour rejoindre les insurgés dont ils comprenaient les motivations : eux aussi avaient eu des parents ou des amis razziés et molestés par le pouvoir makhzénien alaouite. Ils étaient des témoins des abus de pouvoir tous les jours. Hafid n’avait plus un sou pour les nourrir et comme le couvert et la maigre solde étaient la seule raison de leurs présences après tant d’avanie, il n’avait plus rien pour les retenir. Les juifs faisaient dorénavant leurs affaires directement avec les nouveaux propriétaires du pays, les occupants français et et espagnoles, Le Glaoui refusait même de lui avancer de l’argent pour régler les soldes et alimenter les popotes pourtant frugales. Ainsi le Glaoui sciait vraiment la branche sur laquelle il était assis. Il croyait sans doute que Hakka déroulerait le tapis rouge sous les babouches de son auguste bourreau, quand il rentrerait dans le mechouar du palais en vainqueur et lui jurerait une amitié éternelle. La cupidité conduit à une cécité politique totale. Finalement, cette querelle de boutiquier besogneux fut réglée par un commerçant juif « français » installé à Fez et qui manipulait son consul : le négociant juif qui trouvait son compte au maintien du système accepta les traites de Hafid et donna de l’or garanti par du papier. L’armée du sultan put dîner et les désertions se maintinrent à un niveau raisonnable, c’est-à-dire que le créneaux furent suffisamment garnis pour éviter au petit peuple de Fèz la tentation d’ouvrir nuitamment la porte aux assiégeants. L’armée alaouite restait à son poste pour faire de la figuration. De l’or juif, des soldats français, la monarchie a beaucoup fait vraiment pour l’indépendance nationale ! Malgré toutes les « réalisations historiques » de Moulay Hafid, le makhzen d’aujourd’hui oublie de donner son nom à des lycées, à des barrages, et à des grands boulevards comme il a fait pour honorer la triste mémoire des autres potentats sultans voleurs alaouites! Les historiographes officiels du du palais sont-ils donc amnésiques ?

La République « française » enjuivée a un goût prononcé

pour la monarchie chez les autres!

Le jeudi 4 mai, le jeudi 11 et le jeudi 18, 1911, les insurgés escaladèrent les murailles. C’était un travail de romain de la belle époque, pas un travail de cavalier. Ils n’avaient ni artillerie, ni sapeurs. Trois fois, ils furent repoussés. Mais par trois fois, les cours du mechouar du Palais où se terrait Hafid furent balayés par un déluge de feu. Malheureusement pour les insurgés, les 10.000 hommes du général Moinier partis de Mehdyia (Kénitra) fonçaient sur Fèz à marche forcée, Paris ayant entendu l’appel au secours du sultan assailli par son peuple, et volaient à son secours. Moinier devait seulement « rétablir une situation normale à Fez » et se replier ensuite sur la côte atlantique ; l’Allemagne fronçait déjà les sourcils. Nouvelle version du trop fameux « l’Ordre règne à Varsovie ». Mais la République française a un goût prononcé pour la monarchie chez les autres : elle devrait pourtant savoir!… Mangin n’avait plus que cent coups de 75 Schneider à tirer quand Moinier arriva au col du Zeggota, à quarante kilomètres de Fèz, que l’on peut parfaitement apercevoir de là-haut. Déjà le peuple de Fèz sympathisait ouvertement avec les insurgés à qui il ne manqua que deux jours et une conscience politique plus affirmée pour réussir. Si le peuple de Fèz avait attaqué les mercenaires de Hafid pendant que les insurgés escaladaient les murailles, Mangin n’aurait rien pu pour son sultan pris au piège entre deux feux. Lorsque Moinier débouche du Zeggota, il était trop tard pour eux, et ils avaient appris à se méfier de l’artillerie française : sous les murailles de Fès, il fallait l’affronter poitrines nues. Boucherie qu’ils savaient inutile. Ils se retirèrent. Au reste, le temps de la moisson était venu et ils n’avaient pas de subside de l’étranger pour vivre, eux. Les soldats redevinrent paysans. Avec la petite satisfaction de savoir que cette récolte ne leur serait pas volée par le sultan, si même leur récolte l’avait été par les forces de l’ »ordre » de l’occupation française « au service » de Sa Majesté, laquelle n’avait jamais été aussi bien servie !

On n’en finit pas avec les querelles

de succession alaouites !

Moinier ne daigna pas même voir le fantoche qu’il avait sauvé. Il lui rendit quand même un léger service avant de regagner Mehdyia. Il fit un crochet par Meknès pour aller déloger un frère de Hafid, Moulay Zin, qui s’était proclamé sultan de la vieille capitale ismaélienne, gloire du fondateur de la dynastie, stimulé sans doute par ce haut lieu de la puissance alaouite. Moulay Zin finit en prison comme ses autres frères qui avaient prétendu au trône avec la même naïveté. Sauvée pour un temps du désastre militaire, grâce aux canons et au matériel du maître de forge Schneider, la dynastie alaouite sombrait dans le ridicule de querelles de succession dignes du Bas-Empire. On pouvait compter les prétendant comme on compte les ministères en Italie :il fallait faire vite pour ne pas être en retard d’un nom. Moinier ayant occupé tout le devant de la scène, les occupants Espagnols se rattrapèrent de leur cuisant échec du Rif en faisant du tapage en coulisses : ils s’emparèrent de Larache et de Ksar el Kebir (triomphe des Saadiens contre les Hispano-portugais). Il était tellement plus facile de s’emparer d’une ville tenue par le sultan que d’une région défendue par ses paysans. Les Allemands envoyèrent à Agadir un croiseur dont les troupes protègeraient d’autant mieux les « intérêts allemands » qu’il n’y avait pas de sujets allemands du Kaiser à Agadir. Mais il fallait faire quelque chose et ne pas se présenter les mains vides lors des très proches négociations franco-allemandes. Effectivement Berlin échangea l’opposition à la politique française au Maroc contre une rectification de frontière au long du son territoire du Cameroun, après de longs palabres.

Face au Maroc vaincu, le victorieux Hafid:

 » Je suis le plus français des Marocains »

Lorsque les Français occuperont Fèz le 21 mai 1911, comme nous le voyons plus loin, les Allemands entreprirent de s’opposer à la politique coloniale française en envoyant le 1er juillet la canonnière « Panther » devant Agadir ; ce qui démontre l’incapacité du sultanat de voir quel était son allié possible contre l’expansion française. La France avait les mains totalement libres au Maroc. Et ses soldats qu’Hafid avait appelés à son secours n’étaient pas prêts d’en repartir. Hafid allait s’en apercevoir à ses dépends malgré sa soumission servile à l’égard de Paris. Il allait se faire cracher comme un noyau de cerise. Les Allemands avaient fait beaucoup de bruit pour rien, puisqu’ils signèrent, le 4 novembre 1911, une convention avec la France qui accordait à Paris le droit d’être porte-parole du Makhzen alaouite auprès des Grandes Puissances. Berlin abandonnait la partie : le sultan n’avait pas même eu l’idée d’exploiter les rivalités entre les Grandes Puissances. S’il avait eu l’idée, il n’aurait pas eu la volonté. Il était totalement obsédé de mataer les révoltes de ses frères et de piller les pauvres marocains! Échec total qui n’empêcha pas Hafid d’appeler son dernier fils « El Moujahid », (c’est-à-dire « le combattant de la Guerre Sainte »!), et de se surnommer lui-même, « El Ghazi », le victorieux dans sa guerre contre son peuple! C’est de là qui est venu l’expression rituelle des médias alaouites récitée, après le nom du sultan: « nassarahullah », qui veut dire: « qu’il soit victorieux », (sous-entendu: contre ses « sujets »!). Hafid le victorieux était tellement décidé « à se battre » qu’il reçut très vite l’envoyé spécial du journal « Le Temps » le juif F.Weisberger, alors qu’il faisait attendre des semaines des ambassadeurs, pour lui expliquer et lui faire répéter que: le plus français des Marocains, c’était lui, le « Commandeur des Croyants »: « Mon désir le plus sincère est de marcher la main dans la main avec la France, mais je suis entouré de gens malfaisants qui ont intérêt à me brouiller avec la France » (sans doute les Rifains et le peuple en armes contre l’invasion). « J’apprécie à leur juste valeur les services que me rend votre mission militaire. »

Hafid: figurant et pièce de décor

C’était en Mars 1911. Et ce n’était pas un lapsus, quelques mois plus tard Hafid « le victorieux » recevait le même juif Weisberger (24/12/1911), son haut-parleur préféré, pour lui dire combien il était décidé à aller jusqu’au bout …de sa collaboration avec les occupants français. Il commença par faire l’éloge le plus dithyrambique du commandant Mangin. Normal : Mangin l’avait sauvé du désastre puis du ridicule. La grande fête de l’Aïd El Kebir avait été complètement boycottée par « ses sujets » : le mechouar du palais aurait été vide si Mangin ne l’avait fait occuper par ses troupes « chérifiennes » new-look dont les beaux uniformes tout neufs avaient été fournis par la mission militaire française, tout exprès pour la circonstance. L’armée d’occupation française s’occupait même du décor et fournissait des figurants mal salariés. Hafid « le victorieux » tenait absolument à ce que la France sache combien il lui était infiniment reconnaissant. Il termina l’entretien avec juif Weisberger en disant : « Je suis fermement décidé à profiter du précieux concours de votre mission militaire pour réorganiser mon armée, réorganisation qui est elle-même la base de toute réforme fiscale. Je réussirai, si la France veut bien m’y aider. » Hafid et les Alaouites n’avaient décidément pas changé : l’armée n’était que pour la perception des impôts poursuivie par d’autres moyens. Hafid voulait ignorer que même les notables repus ne voulaient plus de lui. L’occupation étrangère voulait se camoufler sous des jillabas locaux planifiait déjà à formes ses cadre locaux et la bourgeoisie fassie avait choisi : elle envoyait ses fils à la toute nouvelle école français qui avait eu 18 élèves dès le jour de son ouverture en janvier 1910 et qui en comptait 80 à la fin de l’année. Tous fils de « Chorfa » et de gros négociants. Evidemment il y avait 70 élèves à Rabat. Les confrères suivaient. Les occupants n’auraient pas de problème de ce côté là non plus.

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Havid:Le vainqueur

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Hafid à Casablanca: « Le commandé des non-croyants »

Hafid – qui réclame plus des forces étrangères

pour mater ses « sujets » – déclare:

« c’est à l’occupation que je dois mon trône et ma vie »

Le makhzen – nouvelle vielle version – et la bourgeoisie locale faisaient leur lit en espérant qu’on voudrait bien le trouver digne de l’Occupant ! Il fallait très vite parler le langage des vainqueurs. Hafid, qui n’avait toujours pas osé quitter son Palais depuis la révolte, reçut à nouveau l’envoyé spécial juif du « Temps ». Les temps ont changé, c’est vrai, son petit-neveu insulte les journalistes pris de gêne, pendant les conférences de presse. Le sultan sans « royaume » avait besoin de la presse pour réclamer une intervention militaire accrue. Il lui fallait un solide corps expéditionnaire français qui prenne des responsabilités d’armée d’occupation pour mater ses sujets. En « défenseur de l’intégrité du territoire », voici ce qu’Hafid déclara à ce Weisberger qu’il avait fait venir d’urgence, texte qui mérite de figurer dans une anthologie de la platitude à laquelle la monarchie alaouite apporte décidément une belle contribution : « J’exprime à la France ma profonde gratitude pour ce qu’elle vient de faire pour moi. J’étais dans la détresse et je l’ai appelée à mon secours : elle a entendu ma voix et ses soldats sont venus me délivrer. Monsieur Gaillard (représentant de la France à Fèz) a été mon plus ferme soutien aux heures d’angoisse et je n’oublierai jamais que c’est à ses sages conseils, à l’énergie de la mission militaire et à l’arrivée bénie du général Moinier que je dois mon trône et peut-être la vie. » Fermez le ban ! Le peut-être est de trop. Poussés à bout par deux siècles et demi de tyrannie alaouite, les Marocains révoltés ne se seraient pas contentés de promesses et de vague repentir…comme à l’accoutumée. Quoiqu’il en soit, le texte est accablant de servilité, mais d’une franchise absolue : il prouve que la monarchie alaouite n’a pas retardé ou atténué l’occupation étrangère, elle l’a suscitée !

Les occupants ont mécanisé et protégé

le pillage makhzénien des paysans marocains

C’est vrai que les envahisseurs étaient à la porte du Maroc affaibli par des siècles de la mauvaise gestion alaouite. Mais c’est le sultan qui l’a leur a ouverte toute grande. Si le peuple marocain n’avait pas été trahi par les sultans alaouites, les envahisseurs étrangers auraient dû escalader les murailles pour réussir leur hold-up et, au créneau, ils auraient rencontré huit millions de résistants marocain. Hafid leur a permis de réussir leur coup en douceur, pour eux. Et comme dans toute histoire de truands, les complices partagent et tentent de se rouler mutuellement. Ce qu’on va voir très vite. Contrairement à ce que prétendent les occupants dans leur propagande colonialiste, leur occupation n’a pas été – pour le peuple marocain – synonyme de justice ou de suppression des exactions. L’ occupation a « mécanisé », armé et renforcé le makhzen pourri et féodal. Les « fonctionnaires » de Fèz et les caïds nommés par le sultan profitaient du parapluie des occupants pour presser le citron : leurs victimes ne pouvaient même plus se révolter, l’artillerie des occupants était objectivement au service des détrousseurs! Le pillage des paysans marocains reprenait – avec plus d’ »efficacité » – sur une grande échelle, servis et couvet par les canons 75 Schneider des occupants. Cette couverture et cette protection n’étaient évidemment pas gratuites. L’alliance indéfectible qui liait monarchie alaouite rétrograde et république colonialiste enjuivée était une amitié intéressée. Pour garder son trône au mépris de la souveraineté nationale populaire et de sa volonté clairement exprimée, Hafid avait promis de signer aussitôt un traité de « protectorat » qui « laisserait les mains libres » à la France, selon le mot tristement exact d’un de ses diplomates. On ne saurait mieux dire.

Hafid vend le Maroc pour un milliard de francs actuels

et un voyage à Paris sans billet de retour !

Hafid fit traîner les choses, et ce n’est pas par scrupule nationaliste, car nation et trône s’excluent l’un l’autre, et les mots « peuple » et « nation » ne figurent pas dans le vocabulaire ou dans l’idéologie des traîtres alaouites, mais parce qu’il voulait faire monter les prix. Il fallut six jours de mijotage pour fixer le montant des quarante deniers de Judas. La grande et généreuse France occupante offrait même à son laquai associé – avec un « viatique considérable » – un voyage à Paris. Voyage sans billet de retour.

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Hafid en France dans ses congés payés Pour ces congés payés définitifs, la France avait donné un million de francs or. Un petit milliard de nouveaux francs actuels. Une broutille pour une nation riche et industrialisée. La république avait le sens des affaires : elle achetait pour une bouchée de pain un nouveau grenier à blé ! Sachant très bien que sa forfaiture serait mal accueillie par le peuple, Hafid avait mis une condition : il voulait se sauver en même temps que l’ambassadeur de France et ne pas rester seul une minute au milieu de ses « sujets ». Et il fallait que la date de son départ restât rigoureusement secrète. Hafid ne voulait pas mourir à la tâche ! La certitude de l’impunité transforma le sultan. Pendant toutes les négociations, il était tendu, sombre, inquiet. Le traité signé, il redevint « enjoué » et ne pensa plus qu’à faire ses malles et à s’amuser comme son frère Abdelaziz. Il s’en sortait admirablement bien. Atterrée, la population qui ne pouvait croire à une telle trahison, s’efforçait de se rassurer et imaginait que le sultan allait en Europe pour coaliser enfin les Grandes Puissances contre la France ou bien qu’il faisait semblant de quitter Fèz pour mieux rouler les Français et se mettre à la tête d’un mouvement de libération. Ce qu’un représentant légitime de la nation aurait fait. [Quarante-deux ans plus tard, en 1954, la population marocaine croyait - aussi - voir Mohamed V faire de la "résistance"... sur la lune!]

Un sultan alaouite ne prend pas le maquis…

Notre naïve population s’est souvent trompé sur les rusés alaouites. La réalité, en fait, est qu’un sultan alaouite ne prend pas le maquis, sauf s’il le prend à Paris ou à Tel-Aviv ! Il part avec la caisse en laissant son peuple désemparé. La date du départ du sultan et de l’ambassadeur ne fut bientôt plus qu’un secret de polichinelle – c’est le mot ! Il y avait trop de journalistes parisiens pour couvrir ce « triomphe » de la diplomatie française, cette revanche de Fachoda et des déboires coloniaux. Toute la région de Fèz était au courant. Un paysan des Ouled Youssef alla même trouver un des membres de la mission militaire française qu’il avait reçu fort courtoisement à titre privé dans son village du Zerhon.

- Alors, tu pars bientôt ?

- Je ne sais pas, répondit prudemment l’autre.

- Moi, je sais. Tout le monde sait bien que le sultan et le bachadour (ambassadeur) vont partir le 17 avril.

- Comment le sais-tu ?

- Nos caïds savent. Toutes les tribus du Saïs et les Béni Mtir vont se regrouper pour reprendre au bachadour son acte de vente. Je ne connais pas de « mot » historique plus juste et plus émouvant.

Un sultan alaouite vend son pays !!

Pour le peuple marocain, le traité de « Protectorat » était un acte de vente : « Je, soussigné Hafid le victorieux, certifie vendre ce jour, 12 avril 1912, mon royaume à la France, moyennant le versement comptant et en espèce d’un montant de quatre millions de francs. » La France avait acquis le Maroc en toute propriété déguisée pour deux fois moins cher qu’elle n’avait achetée la Corse au Génois150 ans plus tôt. Le Maroc était acheté. Mais les Marocains n’étaient pas à vendre. Le sultan et l’ambassadeur les avaient oubliés pour la signature. Ils allaient se charger de le leur rappeler! Le commandant Bremond courait dans les rues de Fèz. Ce n’était pas son genre pourtant. Ceux qui le connaissaient bien savaient que même sous une grêle de balles, il ne quittait pas son éternelle cigarette. Il serait mort la cigarette au bec et un certain sourire aux lèvres. Un beau soldat comme on dit dans les citations à titre posthume et qui faisait correctement son métier de soldat étranger, au service du sultan. Il avait reçu des ordres venus de Paris et les appliquait à la lettre. Ce 17 avril 1912, en fin de matinée, il dévalait les rues en pente de Fèz, vers le palais du Glaoui qui hébergeait quelques-uns des représentants les plus en vue de la « colonie » française. Essoufflé, il pénétra dans le patio où ses concitoyens attendaient paisiblement l’heure du déjeuner, en flânant auprès de la fontaine. La vie coloniale et son charme créole. Dès qu’ils le virent, la promenade se figea, si Brémond courait, c’est qu’il se passait quelque chose. Brémond leur jeta seulement : « Deux tabors se révoltent, massacrent leurs instructeurs. Ils seront là dans un quart d’heure. Armez-vous ! » Il était déjà reparti organiser la défense. Je veux dire celle du sultan. Les Français qui ne voudront pas mourir pour Dantzig, n’hésiteront pas à mourir pour une crapule d’autocrate qui vendait tout un peuple pour un million.

Un sultan alaouite vend son pays !!

Fèz s’enflamme brusquement. Tout a commencé à onze heures du matin dans la cour du mechouar du palais, au cour de l’inspection des Tabors. La mauvaise humeur couvait depuis qu’ils avaient appris qu’ils devraient porter un sac, ce qu’aucun guerrier digne de ce nom n’avait jamais fait. Le sac, c’est un bât بردعة et le bât c’est bon pour les bourricots. Et les soldats avaient pu voir les sacs d’infamie stockés dans de grandes caisses en bois, à claire voie, entassées dans la cour du mechouar. Quand ils en avaient parlé chez eux, car la plupart étaient mariés, on s’était moqué d’eux… On se moquait depuis plus longtemps de leur docilité envers leurs instructeurs français. Le peuple de Fèz, le petit peuple laborieux et dépouillé n’acceptait pas de voir le makhzen aux mains des étrangers et son sursaut nationaliste devant les bassesses de Hafid avait commencé par atteindre et remuer les soldats du sultan, de pauvres bougres que la nécessité avait poussé à accepter une mini solde de cinq billions par jour (1 franc par jours) et que les hasards de la sale guerre alaouite rendaient cruels. En contact quotidien avec l’opinion publique, la petite armée alaouite partageait finalement les rancœurs et les dégoûts des marocains qui refusaient l’acte de vente. Ce matin, 17 avril 1912, dans la cour du méchouar, l’humeur était plus que morose, sombre : les sacs, les inspections et puis tout d’un coup cette détestable, nouvelle insensée… inacceptable. Le capitaine leur apprenait que dans leur intérêt, on portait la solde à six billions, mais qu’on leur en retiendrait la moitié, puis les deux tiers pour financer l’ordinaire. L’autorité trouvait que les soldats se nourrissaient mal, un bon soldat, pour être efficace, doit être bien nourri et que désormais, la France se chargeait aussi de la popote. Les pauvres soldats ne retinrent qu’une chose : leur solde diminuait de moitié et plus. C’était une atteinte insupportable au contrat signé avec le sultan. Des murmures coururent dans les rangs. Puis des cris. La troupe était excédée depuis trop longtemps. Ce fut une vague de protestation qui s’enfla. Un ras le bol. Un coup de fusil éclata, parti , on ne sait d’où. Tous les fusils partirent en salve. Deux officiers français tombèrent. Les soldats choisirent des délégués pour aller demander justice au sultan, c’était toujours lui le maître, c’était avec lui qu’ils avaient traité en s’engageant. Hafid, qui faisait ses malles, les reçut cavalièrement, leur conseilla de se réfugier dans la mosquée Moulay Abdallah et les planta là. Il s’en lavait les mains ! La délégation revint les mains vides et les tabors insurrectionnels se répandirent en ras de marée tumultueux dans la ville surchauffée, suivis bientôt de toute la population qui, elle aussi, voulait reprendre l’acte de vente. La révolte va durer trois jours. Très vite la section d’artillerie du commandant Fellert, en position sur les hauteurs du Dhar Mahrez, bombarde la ville et « nettoie » les terrasses où les femmes appelaient à la révolte. Le commandement français rameute ses bataillons qui encerclent la ville et commencent à prendre d’assaut Bab Fetouh, la porte violette où nichent les hirondelles. Des renforts arrivent de Meknès dans la nuit. La révolte, totalement viscérale, absolument inorganisée, ne pouvait tenir longtemps. Elle s’étiola, faute de directives politiques, devant la force de feu de l’armée de l’occupation, aidée par les notables fassis qui voulaient voir régner l’ »ordre » le plus vite possible. Ce sera fait le 20 avril 1912 au soir.

Hafid émergea de son état de vie végétative

pour condamner les révoltes…

Lorsque les Français vont annoncer « la bonne nouvelle » au sultan, ils le trouvent effondré sur un tas de ballots, dans un de ses grands magasins. Il ne dit pas un mot. C’était pourtant à cause de lui et en son nom que des milliers de fassis étaient morts. « De la petite espèce », disait un autre autocrate, en regardant les cadavres de ses soldats morts dans l’une de ses batailles. Phrase ignoble que l’Alaouite ne prononce pas même, mais qui est sienne depuis toujours. Il ne sortira de son trou à rats que pour prendre le bateau qui l’amènera enfin vers la France. Il ne pense qu’à ça. Hafid n’émergera de son état de vie végétative que pour condamner les révoltés. Le Vendredi qui suit la répression, il fait lire le message suivant, chef d’œuvre ignoble de la littérature de collaboration et de la trahison. Il aurait pu, au moins, se taire. Mais il était prêt à tout pour satisfaire ses amis occupants de son pays : il avait tellement envie de partir. Pour dénoncer les résistants et légitimer l’occupation, Hafid reprend – en  » commandeur des croyants » – le vieux rituel chantage hypocrite à la religion, s’en servant exclusivement de façon passéiste et machiavélique, pour ses intérêts personnels et celles des occupants. Rien n’a changé dans cette cour ressuscitée par les troupes de l’occupation du général Moinier. Voici ce que dit Hafid dans sa scandaleuse « fatoua »: « En agissant ainsi, c’est contre Dieu que sont insurgés les meurtriers et les instigateurs… »! « Ne saviez-vous pas que les Européens vivaient dans la paix de Dieu et sous sa garde ? » Ainsi le sultan fait d’une révolte armée contre l’envahisseur, un « crime » contre la Foi. Manipulation qui aurait dû totalement disqualifier son auteur, ses descendants ainsi que tout le système monarchique qui a enfanté sa trahison et sa pourriture.

Le sultan ordonne aux Marocains de combattre

pour les occupants !

Hafid continue de « commandeur des croyants » : « Votre devoir était de combattre pour eux (les Français), alors même que l’issue de la lutte eût été avantageuse pour l’Islam. »!! C’est de la haute trahison à l’alaouite! Ainsi, le sultan ordonne aux Marocains de se faire les complices des occupants de leur pays au cours de la lutte, même si la révolte réussit. Quand pense que certains Rifains pensaient obtenir des secours du sultan! La crapule traître de Hafid les aurait plutôt jetés en prison. Le seul combat à mener pour l’Alaouite: C’est le combat aux côtés des Français, contre les patriotes marocains. C’est justifier les goums et légaliser la guerre civile qui fera le bonheur des forces d’occupation. C’est – aussi le terme ultime de la technique du pouvoir alaouite – : la division parfaite de la nation en deux camps: D’un côté, les « mauvais », ceux qui refusent l’annexion mentale et politique. De l’autre, les « bons » qui aident au bradage du pays. C’est toujours le trône contre la nation. La lettre du sultan est une ignominie inutile. Le pouvoir « sultanien » n’existait plus. Pas même à l’état de trace. Ses troupes étaient désarmées et gardées à vue – comme des chiens de garde – dans les casernes bouclées par les forces françaises d’occupation. L’insurrection avait été noyée dans le sang mais les motifs de la révolte demeuraient et les grandes masses des tribus étaient prêtes à fondre sur le roitelet apeuré et sa garde étrangère. Le camp français n’était pas homogène et un sultan digne de ce nom aurait pu en jouer. Le général Moinier voulait faire comme les juifs occupants font aujourd’hui en Palestine occupée: frapper fort, exercer des représailles – qui ôteraient aux résistants Marocains la volonté de continuer la résistance – et pressurer financièrement la ville. Regnault (qui faisait fonction de résident général, le vrai pouvoir colonial au Maroc) ne voulait pas que l’on taxe « la partie saine de la population »; autrement dit la bourgeoisie fassie « qui avait pris une part active au rétablissement de l’ordre. »

Lyautey voulait imposer au Maroc la monarchie

qui a échoué en France !

La situation était tellement tendue et le moment tellement propice à un soulèvement général (en quelques heures, le sultan – s’il était un résistant – aurait pu rassembler 60.000 hommes ultra combatifs pour écraser un corps expéditionnaire de 6.000 hommes qui n’osait pas quitter la ville souricière.) Comme en 19144 ! On ne choisirait pas entre Moinier – la – terreur et Regnault – le – ménager des « élites » locales. Paris les évincerait tos les deux, et décida d’instaurer un commandement unique. Le 27 avril 1912, Poincaré faisait du général Hubert Lyautey (2) le premier commissaire résident général de la république française au Maroc. C’était un monarchiste convaincu, partisan de la toute puissance de l’administration et du centralisme, comme la tradition monarchiste et républicaine jacobine des Français, pendant plusieurs siècles, l’avait imposé aussi à l’ Europe rétive et maintenant il ont l’occasion de l’imposer dans ce terrain d’expérience colonial qu’est devenu le Maroc. C’était donc l’homme du moment, le maître de l’heure. Il débarqua à Casablanca le 13 mai 1912, avec plusieurs bataillons commandés par le colonel Henry Gouraud (3), autre futur grand homme de l’occupation françaises au Maroc. Faire carrière aux colonies était encore le seul moyen de se faire remarquer par le ministère de la guerre et l’opinion publique ultra chauvine en France. Lyautey arriva à Fèz le 24 mai 1912 à 5 heures du soir. « Il n’était pas bon à prendre avec des pincettes. » Il se sentait coincé dans Fèz, coincé entre des informations contradictoires : tout est calme, on vit sur une poudrière. Le 25 mai, il prit le thé avec le sultan Hafid et dîna le soir chez Regnault qui s’était installé dans le palais des Glaoui. Lyautey se retira de bonne heure, toujours de mauvaise humeur. A dix heures du soir, une fusillade, nourrie mais dispersée éclata. Les tribus attaquaient. Malheureusement pour elles la lune était trop belle et le canon put tonner toute la nuit. Ils durent renoncer au matin, en amenant leurs morts, et bien qu’ils soient parvenus en deux endroits à pénétrer dans la ville. Ils revinrent à la charge le soir et foncèrent au cœur de la ville en utilisant astucieusement un bras de l’oued Fèz. La ville basse est le patio du palais Mnebhi ( l’ancien vizir de la guerre d’Abdelaziz ). Tous ces documents importants qui ne doivent en aucun cas tomber entre les mains de l’ennemi. Un bidon d’essence est posé tout près. Il n’y a plus qu’à mettre le feu en cas de déroute. Les occupants français ne fermeront pas l’œil de la nuit. Mais, au matin, la ville basse libérée est vide. Épuisés par des pertes très lourdes et scandalisés par l’inertie de la ville qu’ils espéraient normalement voir se joindre à eux, les combattants se sont retirés sur les hauteurs qui dominent Fèz. Ils savaient que les canons de Lyautey étaient pointés vers la ville basse et que les artilleurs avaient reçu l’ordre d’ écraser la ville sous les obus. Lyautey ne voulait pas courir le risque d’un combat de rue et ils n’en avaient pas les moyens. Ils préféraient raser la ville et ensevelir les résistants sous les ruines. Ils ne tombèrent pas dans le piège. Mais autour de la seule porte de Bab Guiça ils laissèrent mille morts hachés par la mitraille et les éclats d’obus tirés presque à bout portant.

Le peuple résiste, le sultan invite

les envahisseurs au déjeuner…

Hafid offrit un superbe déjeuner à ses sauveurs, Lyautey et son fringant état-major ; soudain entendit-on nettement les claquements secs des fusils Lebel , mais le déjeuner tourna court. Les avant-postes français qui flanquaient la ville à l’Ouest étaient attaqués.

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Le sultan Hafid, commandeur des croyants, invite les occupants

Plus le sultan se soumettait et plus ses « sujets » se mettant « hors la loi » se battaient. Toute la région nord de Fèz se soulève contre les occupants et leur valet Hafid. Cette fois ils ont un chef, El Hajjami. Mais ils n’ont toujours pas d’artillerie et ne peuvent se battre à armes égales en rase campagne. Lyautey le sait qui prévient leur attaque sur la ville même, en projetant en avant une forte colonne commandée par le colonel Gouraud : 5 bataillons, 9 pelotons de cavalerie, 3 sections montées de 75 et 3 sections d’artillerie de montagne ! 7000 hommes, pratiquement le 1/3 des forces d’occupation. A 6 heures du matin, ce 1er juin 1912, l’artillerie, soleil levant dans le dos, a tout son temps pour « prendre contact » avec l’avant-garde d’El Hajjami qui marchait sur Fèz. Gouraud était sorti juste à temps. L’avant- garde se replie. Gouraud progresse. A dix heures il se heurte au gros des forces de El Hajjami : environ 12.000 cavaliers. L’artillerie se remet en batterie. C’est l’enfer pour les tribus qui chargent groupées autour de leur bannières déployées, étincelantes au soleil déjà haut. Pour les occupants français incrédules, c’est Reichshoffen à l’envers 40 ans plus tard. Les canons de 75 mm crachent la mort comme à la parade, rasant des vagues entières de cavaliers résistants. Les survivants se regroupent, se lancent à nouveau « à l’assaut du ciel » pour échapper à l’enfer de l’occupation, et se brisent les reins sur ces canons de 75 mm qui viendront trois ans plus tard à bout de l’impériale armée allemande… Ces folles vagues de courage qui déferlent sur le rocher de l’équipement le plus moderne du temps égratignent à peine les rangs français : 10 morts et 28 blessés en uniforme. Et en face des milliers de morts en burnous roulés dans la poussière qui gênent même par leur nombre la furie des derniers attaquants que la mort attend, mais qu’elle n’effraye point.

Des braves hommes qui défendrent leurs terres

ou des ‘fanatiques’ terroristes? !

Dans une situation analogue, le roi de Prusse avait au moins dit des cuirassiers français qui chargeaient l’artillerie allemande avec le même fol héroïsme des hommes de El Hajjami : « Ah, les braves gens ! » Comme les français face aux allemands, les moujahidines d’El Hajjami se battaient pour défendre leurs terres, mais pour l’État-major d’occupation française fier de sa trop inégale victoire, ce n’était que des ‘fanatiques’, des ‘terroristes’ ! Dans le camp ravagé par les bombardements Gouraud eut la surprise de trouver dans les archives personnelles d’El Hajjami « un ordre d’attaque de Fèz très logiquement conçu » chaque confédération de tribu avait un secteur précis qui lui était assigné comme objectif. L’état du « rôle » permit de constater que toutes les tribus, du Rif au Moyen Atlas, de Taza à Meknès, étaient représentées. C’est le peuple entier qui s’était soulevé. Ce sont les représentants de toute la bourgeoisie qui accueillirent Gouraud lorsqu’il rentra à Fèz : la classe des marchands ne voulait pas être la dernière à féliciter le colonel de l’avoir si bien débarrassée de ces empêcheurs de commercer en rond. Le lendemain, le colonel Gouraud devenait le plus jeune général de l’armée française à 46 ans (alors que Philippe Pétain, à la veille de la guerre, n’était encore que colonel à 59 ans !) On faisait de bien jolies carrières aux « colonies ». Les morts de Sidi Yacoub firent gagner beaucoup de temps au colonel. C’était évidemment très stimulant pour les autres officiers supérieurs. Exactement, comme pour les officiers juifs de l’occupation sionistes d’aujourd’hui en Palestine occupée, 5000 cadavres de « fanatiques » musulmans valaient deux étoiles. L’avancement était coté sur le champ de bataille.

Extraits du nouveau livre d’Ahmed Rami:

Sce:Ici




Maroc:Le recours aux soins est un sinistre

29082007

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La cuisine marocaine, l’une des meilleures cuisine au monde.




Maroc:Hassan II, le « commandeur » des … chasseurs…

28082007

Maroc:Hassan II, le

 

En promenade

Je regardais

Le bleu du ciel

Et j’étais bien

 




Maroc:Tazmamart et le devoir de mémoire

28082007

Maroc:Tazmamart et le devoir de mémoire  dans La face cachée 16454212
 

Coup apres coup,qui va mettre fin au mal?

Coup apres coup qui va mettre fin au mal?

C’est une chanson que Alghiwane chantaient dans les annes 70. vous savez sans doute que le parolier d’al ghiwane fut « boujeme » que Dieu ait son ame sachez que « Boujeme » est mort empoisonné dans les annes 70. Et que sa mere qui etait en fait la veritable paroliere d’el Ghiwane est morte quelques temps apres lui empoisonnée aussi.







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